Lettre de nouvelles, Juin 2015

Bien chers amis,

Voici quelques nouvelles du Cambodge, mais aussi le récit des découvertes de ces derniers mois.

Le 15 avril à 02h du matin l’ange de la nouvelle année est entré au Cambodge. Les fidèles pratiquants bouddhistes se sont alors rendus à la pagode pour accueillir le nouvel an. Les plus modérés sont restés au lit et ont pu écouter la musique traditionnelle qui était largement diffusée dans le voisinage par une puissante sono. Grâce à cette musique, sans trop le vouloir, j’ai tout de même participé à l’accueil de la nouvelle année. Ainsi a commencé l’année de la chèvre.

Avril, c’est aussi le mois le plus chaud et nous avons allègrement franchi les 40°. Même l’eau de la douche (qui n’était pourtant pas chauffée) ne rafraîchissait pas vraiment.

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Les magasins 2500 (riels, env. 0.60 fr.) : Je voulais acheter un porte-clés…, mais où trouver ce petit article dans un marché étroit, surchargé de matériel de tout genre et aussi encombré de gens. Mes collègues avaient la solution !!! Tu peux aller dans ce magasin au coin de la rue et tu trouveras ce que tu désires pour 2500 riels. Ouf, ça n’était pas trop loin et surtout c’était aéré avec des étalages bien rangés. J’ai donc acheté mon porte-clés et juste à côté, il y avait des lunettes de soleil. Combien coûtent-elles ? 2500 riels. Ouah pas cher ! et le flacon de shampoing à l’étalage voisin ? 2500 riels ! J’avais justement besoin d’un linge pour couvrir mon ordi, vous ne serez pas surpris si je vous dis qu’il coûtait 2500 riels. Lorsque j’ai exprimé mon étonnement, le vendeur m’a expliqué : oui, dans ses 2 rayons, tout est à 2500 riels, mais ce qui est dans les autres rayons, les pantalons, blouses sont à des prix différents. Ce système bien connu en Thaïlande envahi petit à petit son voisin le Cambodge. Mais il y a tout de même de belles opportunités !

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Sophat, un des 5 membres du personnel de l’école de disciple a une histoire intéressante que je voudrais partager avec vous. Ceci dans l’idée de vous aider à comprendre combien le cheminement avec des personnes comme Sophat rend la vie passionnante.

Sophat est le deuxième enfant de la famille, il a 2 frères et 2 sœurs. Il a vécu les 12 premières années de sa vie dans la rue à Phnom Penh (ses parents avaient fui la campagne cambodgienne lors de la mise en déroute des khmers rouge). Le quotidien résidait à fouiller les poubelles pour trouver un peu de déchets que l’on pouvait revendre et alors acheter un peu de nourriture. Le domicile était 3 bouts de carton, mis ensemble. Pas de sécurité, pas d’hygiène, le rejet de beaucoup de personnes, un père qui lorsqu’il avait bu était violent fait dire à Sophat que la vie alors c’était l’enfer.

Il avait 12 ans, lorsqu’une voisine met la maman de Sophat en contact avec Hagar, un des projet de Jeunesse en Mission qui s’occupe des mères en difficulté et des familles de la rue. Sophat avec toute sa famille est placé dans une île où le programme de réhabilitation lui permet enfin d’aller à l’école. Il entend parler de Dieu et associe le bien-être qu’il ressent dans cette nouvelle vie avec le fait que le Divin a de bons plans pour sa vie. Il étudie 9 ans puis s’engage comme manœuvre dans la construction, apprenant un peu de maçonnerie, un peu d’électricité, un peu de sanitaire. En recherche d’une bonne raison de vivre, il essaie la drogue, l’alcool, le tabac, mais n’y trouvant pas de plaisir, il abandonne.

A 24 ans un de ses amis lui conseille de suivre une école de disciples, c’est alors l’ouverture vers une relation personnelle avec Dieu et la découverte de guérisons dans plusieurs domaines de sa vie.

Il travaille depuis 5 ans avec la base de jeunesse en mission de Battambang et il vient nous donner un coup de main ici, à Stung Treng pour notre école de disciples. Quel plaisir de voir le sourire de ce jeune homme et la façon dont il s’occupe des étudiants qui sont arrivés, voici 3 semaines.

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École de disciples, c’est donc une école de jeunesse en mission qui permet de connaître Dieu et de le faire connaître. Ici à Stung Treng, elle va se dérouler sur 5 mois, dont 3 de théorie et 2 de service pratique (aller dans différentes communautés pour partager sa foi).

Douze étudiants, c’est le maximum que nous avions souhaité accepter, sont donc arrivés le 28 avril. Onze viennent de Siempang et 1 du district voisin. Parmi nos onze étudiants de Siempang, sept viennent de la minorité ethnique kavet. Tous sont arrivés, intimidés par la ville, conscients de leur difficulté a parler correctement cambodgien. Les plus érudits (2) ont étudié 8 ans à l’école gouvernementale, la plupart ont 3 – 4 ans d’école et quelques uns peuvent lire mais ont de la peine à écrire.

Nous sommes au début de notre temps ensemble, mais la richesse de nos partages, le désir d’apprendre, les émotions que suscitent les enseignements, la bonne volonté pour faire tous les travaux pratiques sont tous des éléments prometteurs d’une école qui va porter du fruit dans la vie de nos étudiants.

Moi-même, me demanderez-vous ? Eh bien, je vais très bien. Je suis encore dans la phase d’adaptation (apprenant a connaître qui sait faire quoi, où sont les ressources etc.). Je n’ai plus le temps d’apprendre la langue et je suis frustrée de régresser un peu, mais je suis réjouie par les contacts avec les collègues, avec les étudiants et les gens qui vivent autour de moi. Ma santé est bonne et chaque jour a son lot de surprise, de doute, de joie. Mais l’un dans l’autre le positif est nettement plus important que les difficultés.

A chacun mes meilleurs messages et mes affectueuses pensées.

Michèle