Lettre de nouvelles, Novembre 2019

Chers amis,

Alors que la neige fait son apparition chez vous, la saison des pluies se termine au Cambodge. Tout est vert, luxuriant et la température est des plus agréable.

Deux évènements ont marqué ces dernières semaines. Le premier concerne deux des trois jeunes hommes kavet qui ont repris les études l’année passée. Young avait terminé sa sixième année scolaire dans son village il y a une dizaine d’année, son désir de devenir un jour instituteur avait peu de chance de se réaliser. Ret, lui, avait quitté les bancs de l’école il y a environ 4 ans, il ne savait pas très bien ce qu’il voulait faire, mais ce dont il était sûr, il ne voulait pas rester agriculteur.

Tous deux comme beaucoup d’autres ont bénéficié d’un programme spécial du gouvernement qui veut voir les ethnies minoritaires avoir accès aux classes supérieures. Young et Ret sont donc venu à Siempang. Durant la semaine, ils ont donc suivi la classe de 7ème mais les samedi et dimanche ils ont étudié dans une classe spéciale qui donne la possibilité de gravir plusieurs degrés en une seule année scolaire. Fin août, Ils ont ainsi passé les examens de l’école, et de cette classe spéciale et… ils ont réussi. Ce qui leur a octroyé le certificat de 9ème année. Quelquefois il est un peu difficile de suivre la façon de penser du département de l’éducation mais voilà !

Alors que Young et Ret devaient commencer la classe de 10ème, le département de l’éducation leur a suggéré un autre projet. Les villages kavet, isolés dans la campagne (voire la forêt) n’ont pas suffisamment d’instituteurs et les candidats cambodgiens ne veulent pas vraiment aller dans ces villages éloignés. Si Young et Ret acceptaient d’enseigner durant la semaine dans deux de ces villages et continuaient de suivre la classe spéciale du week-end et cela durant 2 ans, ils pourraient alors passer l’examen d’enseignement primaire et avoir le diplôme d’instituteur. Ils ont accepté et devraient commencer l’enseignement début décembre. Le rêve de Young est tout près de se réaliser ! Ce genre d’évènement donne des ailes.

Il faut savoir que Young et Ret se sont fait remarquer dans plusieurs domaines lors de leur année d’internat. C’est à eux que l’on a donné des responsabilités pour la vie communautaire, c’est eux aussi que l’on a choisi pour être responsables auprès des jeunes de leur village. Les principes de vie chrétienne appris lors des écoles de disciples et appliqués dans la vie scolaire ont prouvés être bons et efficaces. C’est probablement aussi une des raisons pour lesquelles Young et Ret se sont vu proposer une telle opportunité d’entrer dans l’enseignement si rapidement.

Le second épisode était le camp de jeunesse à Stung Treng. La participation a été nettement moins importante que d’habitude et ceci pour différentes raisons, mais l’atmosphère, les contacts et les enseignements ont été à la hauteur des attentes. Mon amie Linda qui était en visite a donné un enseignement sur les mimes qui a été hautement apprécié. En cliquant sur le lien ci-joint vous pouvez visionner un extrait du mime qui a pour titre : les mains.

En ce qui me concerne, je vais bien. Je me réjouis de ce que tout bientôt les programmes de la jeunesse vont commencer ici à Siempang. La plupart des villages ont terminé la récolte et rentrent au village, ainsi les activités vont démarrer. A chacun mes amitiés.

Je vous embrasse.

Michèle

Lettre de nouvelles, Septembre 2019

Chers amis,

Le souvenir des multiples rencontres de cet été reste une source de joie et de reconnaissance. Combien j’aime y repenser. Merci à chacun pour les précieux moments partagés.

Un mois que j’ai retrouvé le Cambodge avec le plaisir de revoir les amis d’ici mais aussi avec les inconvénients liés à la saison des pluies.

Ainsi donc la semaine passée, le fleuve Sekong qui borde la ville de Stung Treng a augmenté son volume au point d’atteindre le niveau de la route. A différents endroits, les routes de la ville étaient inondées et ces jours-là, trouver un chemin où la moto ne calerait pas à cause de l’eau dans le pot d’échappement était le défi.

En même temps, les champs entourant la ville (anciennes rizières) transpiraient le trop plein d’eau souterraine et l’on voyait l’eau arriver derrière la maison et l’eau du fleuve arriver gentiment par devant l’habitation.

Plusieurs collègues ont vu leur maison inondée, l’eau (boueuse) arrivait en dessous du genou. Après quelques jours le niveau d’eau a commencé à baisser et il fallait alors nettoyer tout le sable et la saleté que l’eau avait déposée.

La maison que j’occupe fort heureusement est un peu surélevée et je n’ai pas eu les désagréments de mes collègues, juste quelques jours d’incertitude.

Dans les campagnes par contre les comptes-rendus de certains districts font état d’inondation massive dans les rizières avec perte probable des récoltes. Il faudra les semaines à venir évaluer les besoins des familles et estimer quelle aide nous pouvons offrir.

Durant mon séjour en Suisse plusieurs suggestions concernant les lettres de nouvelles m’ont été proposées et j’aimerais changer la forme que j’utilisais jusqu’à présent et ceci pour une période d’essai jusqu’au printemps 2020. Une lettre d’une page, racontant un évènement sera envoyée tous les 2 mois aux personnes qui ont accès a internet.

Deux fois par an, je rédigerai une lettre plus longue pour les personnes qui reçoivent les nouvelles par la poste. Je vous saurais alors gré de me dire si vous appréciez la nouvelle lettre ou si il vaut mieux revenir à l’ancienne forme.
A chacun, mes amitiés et un tout bel automne.

Michèle

Lettre de nouvelles, avril 2019

Chers amis,
Voici quelques brèves nouvelles de ce qui s’est passé à Siempang, ces derniers mois, je vais laisser parler les images et juste donner quelques commentaires.

1. Ecole du dimanche :
les sujets délicats comme la prévention de la pornographie, le toucher des enfants, l’attitude correcte à avoir vis à vis des enfants font partie de la formation et suscitent un intérêt évident.
Les monitrices de certains groupes racontent les résultats encourageants qu’elles observent. Les enfants peuvent raconter les histoires bibliques apprises et répondre aux questions. Les chants et les jeux ont toujours le même succès.

2. Programme d’alphabétisation de la société biblique du Cambodge :
Ce programme qui souhaite palier les manquements de l’école primaire et permettre aux enfants d’apprendre à lire et écrire en 3 mois a connu un vif succès.
Dans un des village, les enfants d’une même famille aiment raconter à leurs parents les histoires bibliques qu’ils apprennent dans cette classe. La maman est tellement contente des progrès de ses enfants qu’elle souhaite venir à l’église.

3. Groupes de jeunesse :
Quel plaisir de cheminer avec les 2 groupes de jeunes. Les fondements de la foi chrétienne sont étudiés et discutés. Les animations exceptionnelles ont consisté à utiliser des pneus de voiture usagés et les transformer en de petits jardinets pour le confort de la famille. Que de rires échangés… et les papas se sont rapidement associés à l’activité.
La création de fleurs en papier à également connu un grand succès.

Dans l’attente de bientôt vous retrouver je vous envoie mes affectueuses salutations.

Michèle

Lettre de nouvelles, janvier 2019

Bien chers Amis,

C’est avec beaucoup de joie que je vous souhaite une belle et heureuse année. Qu’elle soit remplie de contacts profonds et illuminée par la présence de ceux que vous aimez.

Moi-même, ici, je vais bien et suis tellement contente de partager avec vous ce qui a rempli ma vie ces derniers mois.

L’été passé, en prenant la fonction de comptable au sein de l’équipe de Jeunesse en Mission, j’acceptais aussi la responsabilité d’accompagner chaque mois la personne qui se rend en prison. La première visite m’a procuré un choc émotionnel puis j’ai pu me glisser dans le bâtiment réservé aux femmes et alors là des contacts étonnants se sont produits. Le temps de la visite est toujours limité, la surveillance très stricte mais un petit tabouret me permet de m’asseoir pour me tenir à la hauteur de chaque femme ; mon âge me fait passer pour une maman et les plus proches me touchent les bras, mettent leur tête sur mon épaule. Je leur parle des femmes de la Bible et s’ensuit alors des échanges sympathiques.

Mon rôle de comptable s’est terminé fin décembre mais j’espère garder le privilège de continuer ces visites en prison tellement enrichissantes.

En 2017 déjà alors que se terminait l’école de disciples, la question de recommencer des études pour quelques jeunes kavets s’était posée. Ces adolescents ont pour la plupart fréquenté l’école 3, 4 ou 5 années et ils ressentent le besoin de compléter leurs connaissances. Mais c’est difficile à 18 ou à 20 ans de s’asseoir sur les mêmes bancs d’école que les enfants de 12 – 13 ans. D’autre part, être au lycée signifie quitter la famille, le village et s’installer à Siempang, en ville. Où vivre, où trouver le financement pour se nourrir, payer ses livres, l’uniforme si l’on est loin de son village ? La plupart des parents peuvent donner du riz mais aucun argent. Mon désir d’aider financièrement quelques-uns de ces jeunes en 2017 n’avait pas abouti, mais…

Fin 2018 la même question se posait à nouveau. Une organisation internationale aidant le ministère de l’éducation cambodgienne a construit un bâtiment dans l’enceinte de l’école de Siempang ; les élèves des villages éloignés peuvent maintenant se loger et espérer continuer leur scolarité. Ils sont ainsi une soixantaine à partager les locaux et la cohabitation se fait plus ou moins bien. Je souhaitais intégrer 3 jeunes dans cette école mais 2 seulement sont venus. Ils peinent à suivre le programme ayant arrêté l’école bien des années auparavant mais ils sont tellement motivés.

Leï, un garçon de 17 ans, a suivi l’année dernière notre école de disciples puis s’est joint au programme des moniteurs d’école du dimanche. Il ne savait pas lire, ne pouvait se souvenir des histoires, ne pouvait pas non plus associer une image à une histoire.

A vue humaine, son cas était désespéré. Leï tout désireux qu’il était de devenir moniteur d’école du dimanche, ne pouvait raconter les histoires, à peine aurait-il pu diriger les jeux ? Quelle ne fut ma surprise de le voir débarquer à Siempang pour entrer en 7ème année ! Il m’a  expliqué qu’il avait trouvé un livre du programme d’alphabétisation dans son village, était allé à l’école et avait appris à lire et à écrire … Le soir dans son village, il aidait les gamins de son quartier à apprendre l’alphabet cambodgien. Extraordinaire ! les miracles continuent d’exister. Je suis vraiment reconnaissante envers cette jeunesse qui se bat pour changer son avenir.

Je réalise qu’un des fruits de nos écoles de disciples donne une ouverture d’esprit à ces jeunes et les motive à sortir de la routine « rizière, forêt, ivresse ».

Les trois jeunes qui suivent ce nouveau cursus et que je connais personnellement viennent régulièrement me voir pour réviser leurs leçons d’anglais et c’est un plaisir de suivre leur évolution. Il est bon de garder le contact avec ces anciens élèves de l’école de disciples.

Depuis fin décembre je vis à Siempang et continue le ministère de formation pour moniteurs d’école du dimanche. Si je porte la responsabilité du programme, j’ai le privilège de travailler avec cinq collègues. Les formations sont joyeuses, pleines d’imprévus et prochainement la supervision dans les villages permettra de vérifier si les objectifs d’apprentissage sont atteints.

La semaine dernière un collègue et moi-même avons commencé des rencontres de jeunes dans deux villages différents. Dans chaque groupe une dizaine d’adolescents se sont réunis. A ma première question : « qu’attendez-vous de ces rencontres, que désirez-vous apprendre » ? les réponses ont été identiques dans les deux groupes.

Plusieurs ont répondu : « ma vie ne se déroule pas très bien, je veux changer et j’espère que ce groupe va m’aider ». D’autres disaient : « je veux apprendre à vivre avec Dieu », d’autres enfin exprimaient le besoin d’apprendre à communiquer correctement et à vivre en harmonie avec leur environnement. C’était touchant d’entendre les besoins de cette jeunesse. En même temps je réalise que mon désir de cheminer avec ces adolescents a besoin de la grâce divine pour être à la hauteur des attentes : savoir écouter et entendre.

A mi-mai, je reviendrai en Suisse pour trois mois, j’espère rencontrer chacun d’entre vous et me réjouis de ce retour.

A chacun mes remerciements pour votre patience à me lire, pour vos messages d’encouragement et pour votre amitié qui perdure malgré l’éloignement.

Avec mon affection,

Michèle