Lettre de nouvelles, Novembre 2015

Bien chers amis,

La saison des pluies tire à sa fin et c’est un peu précoce. Le Mékong qui traverse le pays n’a pas reçu la quantité d’eau habituelle et son niveau est étonnamment bas. De ce fait le festival des eaux qui devrait avoir lieu à la fin de ce mois sera annulé. Les jours fériés seront maintenus, mais pas de feux d’artifices, ni de compétitions de barques sur le fleuve.
Ceci pose la question de la récolte de riz, est-ce que la quantité de la récolte sera suffisante pour une année? Ou ferons-nous face à un manque de nourriture dans les mois à venir? Pour l’instant je n’ai pas remarqué d’inquiétude chez les agriculteurs.

Notre école de disciples s’est poursuivie ces derniers mois. Les cours se sont terminés mi-septembre et ce fut le départ pour notre troisième service pratique. Il s’est déroulé dans plusieurs villages kavet et a duré 4 semaines.

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Le voyage pour atteindre le premier village a comporté plusieurs modes de transport, d’abord 2 heures et demi de voiture, puis 15 minutes de bateau pour traverser le fleuve et finalement la moto (deux personnes par moto).

Une vue de comment les deux heures et demi de voyage en moto se sont déroulées. Quelques équipiers et les bagages étaient sur un monaxe mais disent-ils ce ne fut pas plus facile.

La communauté chrétienne de ce village, nommé Kiribaleu nous a accueilli chaleureusement et ce fut un plaisir de partager la vie de ce village durant 2 semaines.

Le conseil des anciens avaient plusieurs demandes : pouvions-nous enseigner quelques chants et des histoires bibliques au groupe de jeunes, aller prier dans chaque maison chrétienne, aider à construire une maison pour un voisin, nettoyer l’abord d’un puit,  et… enseigner la communauté sur l’utilité, le pourquoi et le comment de l’offrande.

Tous les soirs, un groupe de jeunes, accompagné de leurs petits frères et sœurs, souvent de leurs parents se sont réunis dans le bâtiment qui sert d’école au programme d’alphabétisation. Ils ont aimé les chants, les jeux et les histoires bibliques… mais ils avaient de la peine à mémoriser ce qu’ils apprenaient. Il faut dire que 80% de la population est analphabète. Le gouvernement a assigné des instituteurs dans ces villages perdus dans la forêt, mais les salaires sont minimes et l’isolement de ces villages fait que les instituteurs viennent quelques jours de temps en temps. Les enfants souhaiteraient aller à l’école mais les résultats sont pauvres.

Dans ces villages, pas de wc, pas de jardin potager, quelques puits à ciel ouvert. Nous avons côtoyé des gens souvent malades, qui se plaignent de douleurs articulaires, de manque de sensibilité dans les bras, les jambes. Je réalisais alors que dans notre école, qui compte 7 étudiants kavet, nous n’avions pas abordé le sujet de développement communautaire et la nécessité d’avoir des toilettes, des légumes etc

Nous avons pu réaliser à Kiribaleu tous les projets qui nous avaient été demandés et nous avons bénéficié de la générosité de ces gens. Ils n’avaient pas beaucoup pour eux-mêmes, mais ils nous ont offert des légumes, un peu de riz nouveau et leur amitié. Le départ pour un autre village, près du fleuve cette fois, était un peu triste, car nous avions partagés tellement.

Communauté chrétienne de Kiribaleu

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Dans le village d’Ochaïe, nous avons trouvé une population kavet également, mais différente dans le fait que par sa location, les gens d’Ochaïe vont souvent à Siempang, faire des achats, du commerce. Là, les enfants vont à l’école et nous avons de suite vu la différence lors de nos rencontres. Les enfants apprenaient rapidement les chants, les histoires, les jeux et se rappelaient d’un jour à l’autre ce que nous avions enseignés.

Nos étudiants eux aussi avaient fait de grands progrès. Presque tous pouvaient raconter une histoire sans le support d’un papier, ils pouvaient aussi expliquer le sens de ces histoires pour notre époque. Ils ont dirigé les jeux, partager leur histoire personnelle et souvent nos étudiants kavet devaient traduire pour leur collègues. Ils ont eu grand plaisir dans ce service pratique et le tout avec beaucoup de partie de rire, car le peuple kavet est un peuple joyeux, sans trop de protocole et qui s’amuse de tout et de rien.

Le retour à l’école après 4 semaines de « camping » était bienfaisant. C’était alors le temps des évaluations, le temps de songer à retourner au village avec tous les problèmes qu’ils allaient rencontrés, le temps aussi d’imaginer ce qu’ils allaient faire (aller en forêt, aider dans les rizières etc). La dernière semaine était donc des plus occupées. La question qui tarabustait nos étudiants était de savoir s’ils avaient réussi leurs tests et s’ils allaient recevoir leur certificat. Eh bien, oui, tous ont réussi !

Étudiants et personnel de l’école de disciples.

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La cérémonie de remise des certificats a eu lieu le samedi 24 octobre en présence de nombreux amis. Pour chacun des étudiants c’était la première fois qu’ils recevaient un certificat et ils étaient tellement reconnaissants. Ils ont appris beaucoup au travers des cours, mais aussi dans la vie communautaire.

Pourtant, nous les responsables avons l’impression que leur formation n’est pas encore complète. Nous voulions former cette jeunesse pour diriger les groupes chrétiens qui voient le jour dans leur village et qu’ils soient agents de transformation pour leur communauté.

Nous avons le sentiment qu’ils n’ont pas encore tous les outils pour ce que nous voudrions voir dans ces villages. Aussi sommes-nous en réflexion pour compléter cette formation, peut-être en début d’année. Nous devons parler avec les parents et les responsables des églises pour décider quand et combien de temps poursuivre ce suivi.

Différence culturelle : durant l’école, si un étudiant était malade, je le visitais, lui donnait des médicaments, achetait de la nourriture spéciale dont il avait envie etc. Les malades m’ont toujours bien remercié et souvent disaient : « tu aimes vraiment les gens ! tu nous soignes et prends soin de nous ». Ce qui me paraissait normal, à moi, était spécial pour eux car dans la culture kavet, si quelqu’un est malade, il faut qu’il se soigne seul et se débrouille. D’où leur étonnement que je prenne soin d’eux.

Pour ma part, je vais bien. Cette école a été un lieu d’apprentissage où beaucoup d’émotions ont été partagées et où les relations ont été profondes et riches. Ce mois de novembre je prends un peu la vie au ralenti et c’est très agréable. Début décembre, je reprends les leçons de cambodgien et je visiterai les étudiants dans les différents villages.

Je vous espère tous en bonne santé et vous envoie mes meilleures salutations.

Michèle

Lettre de nouvelles, Septembre 2015

Chers amis,

Bien des évènements se sont déroulés ces derniers mois.   Je me réjouis de vous en partager quelques aspects. L’école de disciples est très prenante et du fait qu’elle occupe presque tout mon temps, c’est principalement de cela dont je vais vous parler.

Un premier mois de cours très enrichissant nous a fait réaliser combien c’était difficile pour les étudiants d’écouter des notions nouvelles et de les mémoriser. Ce fut donc pour nous le personnel, une tâche continuelle de résumer ce qui était enseigné, de répéter des phrases clés. Il y avait beaucoup de rires (ces jeunes aiment s’amuser de leurs oublis, de leurs difficultés) et il fallait faire preuve d’imagination et de persévérance, mais cela a porté son fruit.

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Un premier service pratique de 15 jours s’est déroulé dans différents villages de la province. C’était le temps pour nos étudiants de prendre contact avec des communautés chrétiennes et de partager quelques-unes des notions qu’ils avaient apprises mais aussi d’écouter ce que chacun vivait.

Notre désir premier était de rendre service aux gens qui nous recevaient. Nous avons ainsi participés aux différentes activités de l’église des villages, mais nous avons surtout travaillé dans les rizières et aidé les agriculteurs à construire des barrières autour de leurs champs.

Pour moi, c’était l’occasion de vivre 24 heures sur 24 avec les étudiants et de les connaître plus personnellement. Ainsi après quelques jours, ils ont commencé à plaisanter sur ma façon de parler cambodgien et à rire de mes erreurs. C’était le début d’une relation où le respect dû à mon âge était conservé, mais avec la liberté d’être plus proche.

La seconde période de cours, qui était de 4 semaines fut aussi riche que la première. Nous pouvions constater que nos étudiants comprenaient mieux les cours et pouvaient mémoriser plus facilement les grandes lignes de l’enseignement. La semaine qui avait pour thème : responsable et serviteur, comment gérer sa vie de famille et professionnelle selon le modèle du Christ, a été une découverte et le sujet de beaucoup de discussions.

Quatre semaines sont vite passées et il était temps de procéder à un second service pratique, de deux semaines également. Cette fois nous avons visité dans la province voisine de Ratanakiri, deux minorités ethniques. La langue de ces minorités était proche de la langue kavet que parlent 7 de nos étudiants.

Comme lors de notre première expérience, nous avons à nouveau travaillé dans les rizières et les champs de pomme-de-terre que cultivent ces ethnies, mais nous avons davantage travaillé avec les églises locales. Les étudiants ont ainsi pu expérimenter le stress de raconter comment ils sont devenus chrétiens, ils ont aussi pu raconter quelques histoires biblique qu’ils avaient dû mémoriser.

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Dans nos activités parmi les enfants, nous proposions une leçon d’hygiène avec possibilité de couper les ongles des mains et d’un shampoing contre les poux. A ce moment-là, toutes les mains se levaient et c’était alors à qui pouvait être le premier.

Durant ces services pratiques, les conditions de vie ressemblent un peu à ce que l’on vit lorsqu’on fait du camping sauvage. Pas forcément beaucoup d’espace privé (nous vivions à 10 dans une petite maison de 4m sur 5m), dormir dans un hamac, pas toujours beaucoup d’eau à disposition, les marchés de nourriture éloignés etc. Je savais que mon corps ressentirait des limites de fatigue après 10 jours.

Aussi étais-je contente que le travail administratif demande ma présence à Stung Treng, j’avais expliqué à l’équipe que je partirais 4 jours avant la fin du service.

La veille de mon départ, plusieurs étudiants disaient qu’ils auraient l’ennui et ne voulaient pas vraiment que je parte.

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Alors l’un d’eux a eu une idée, il me disait : avant de partir, tu vas nous taper, nous battre très fort et alors on n’aura peut-être pas trop envie d’avoir l’ennui de toi !!!

Comme dans ma lettre précédente, j’aimerais partager avec vous l’histoire d’un de nos étudiant, j’ose espérer que comme moi, vous aimerez son histoire.

 

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Yong a 19 ans et est kavet, cette minorité ethnique qui vit dans 6 villages du district de Siempang. Son village est situé au fond de la forêt, il faut env. 5 à 6 h de monoaxe pour y arriver depuis le bord de la rivière.

A l’âge de 12 ans divers évènements ont bouleversé sa vie. JEM a commencé des projets de développement communautaire, il a alors vu quelques vidéos qui parlaient de Jésus. Puis il a eu l’occasion, c’était en 2009, d’aller à Siempang pour participer à la fête de Noël. A ce moment-là il a souhaité devenir chrétien, mais en rentrant dans son village, il a trouvé ses parents et un de ses frère malades, et une grande partie de leur riz (qui était stocké dans un grenier éloigné) volé. Le sorcier appelé pour trouver une solution à tous ses problèmes a dit que le frère ainé avait pour projet de tuer quelques membres de la famille. Pour payer le sorcier, on a tué un porc et vendu quelques poules, il n’y avait plus d’argent ni de nourriture. Yong à ce moment-là commence aussi à sentir ses pieds, puis ses jambes perdre leur sensibilité et à devenir froids. Mais il n’y a plus d’argent pour appeler le sorcier. Alors commencent des disputes dans la famille. Le côté droit de Yong se paralyse, la sensation de froid monte dans le corps de Yong, et il a de la peine à marcher. Il se dit que quand le froid atteindra son cœur, il mourra. Il pleure souvent et seules les visites de ses petits amis le distraient. Yong demande à son père de le mener à l’hôpital de Siempang, où il pourra demander au pasteur de l’église de venir prier pour lui, mais son père est trop malade pour l’emmener. Finalement un des ses frère propose de l’emmener et commence un long voyage qui l’emmènera dans les divers hôpitaux (district, province et finalement à Phnom Penh). Alerté, Philip, notre responsable attendait Yong à la gare des bus. Quand il a vu Yong dans les bras de son frère sortir du bus, paralysé, sans forces, il a pensé en lui-même que Yong ne survivrait pas à la maladie. Mais les médecins étangers qui travaillent à PP ont trouvé le remède qui a rétablit Yong. Après de longues semaines de traitement et de convalescence Yong a retrouvé son village. Il a expliqué à ses amis que les prières des chrétiens de PP avaient permis avec les médicaments (quelqu’un parlait d’ un syndrome de Guillain Barré ?) de le guérir. Il a partagé sa foi toute neuve et ses amis ont également demandé à Jésus de devenir leur Seigneur. Depuis ce temps-là, dans le village lorsqu’il y a des malades ou des disputes, on demande à Yong et ses amis de venir prier… et des guérisons se produisent. De nombreuses familles ont décidé de quitter la croyance des esprits et de suivre la foi de Yong. Les familles qui sont encore animistes ont aussi décidé d’arrêter d’offrir des sacrifices, le sorcier a donc quitté le village. Yong est un caractère doux et serviable, il est toujours volontaire lorsqu’on a besoin d’aide, c’est un élève studieux. Je suis convaincue qu’il sera toujours une aide pour son village.

Voilà chers amis, ce qui a habité ces derniers mois. Six semaines encore et l’école de disciples se terminera, ce sera l’occasion de vous redonner des nouvelles.

Je vous espère tous en bonne santé et vous envoie mes meilleures pensées.

Michèle

Lettre de nouvelles, Juin 2015

Bien chers amis,

Voici quelques nouvelles du Cambodge, mais aussi le récit des découvertes de ces derniers mois.

Le 15 avril à 02h du matin l’ange de la nouvelle année est entré au Cambodge. Les fidèles pratiquants bouddhistes se sont alors rendus à la pagode pour accueillir le nouvel an. Les plus modérés sont restés au lit et ont pu écouter la musique traditionnelle qui était largement diffusée dans le voisinage par une puissante sono. Grâce à cette musique, sans trop le vouloir, j’ai tout de même participé à l’accueil de la nouvelle année. Ainsi a commencé l’année de la chèvre.

Avril, c’est aussi le mois le plus chaud et nous avons allègrement franchi les 40°. Même l’eau de la douche (qui n’était pourtant pas chauffée) ne rafraîchissait pas vraiment.

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Les magasins 2500 (riels, env. 0.60 fr.) : Je voulais acheter un porte-clés…, mais où trouver ce petit article dans un marché étroit, surchargé de matériel de tout genre et aussi encombré de gens. Mes collègues avaient la solution !!! Tu peux aller dans ce magasin au coin de la rue et tu trouveras ce que tu désires pour 2500 riels. Ouf, ça n’était pas trop loin et surtout c’était aéré avec des étalages bien rangés. J’ai donc acheté mon porte-clés et juste à côté, il y avait des lunettes de soleil. Combien coûtent-elles ? 2500 riels. Ouah pas cher ! et le flacon de shampoing à l’étalage voisin ? 2500 riels ! J’avais justement besoin d’un linge pour couvrir mon ordi, vous ne serez pas surpris si je vous dis qu’il coûtait 2500 riels. Lorsque j’ai exprimé mon étonnement, le vendeur m’a expliqué : oui, dans ses 2 rayons, tout est à 2500 riels, mais ce qui est dans les autres rayons, les pantalons, blouses sont à des prix différents. Ce système bien connu en Thaïlande envahi petit à petit son voisin le Cambodge. Mais il y a tout de même de belles opportunités !

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Sophat, un des 5 membres du personnel de l’école de disciple a une histoire intéressante que je voudrais partager avec vous. Ceci dans l’idée de vous aider à comprendre combien le cheminement avec des personnes comme Sophat rend la vie passionnante.

Sophat est le deuxième enfant de la famille, il a 2 frères et 2 sœurs. Il a vécu les 12 premières années de sa vie dans la rue à Phnom Penh (ses parents avaient fui la campagne cambodgienne lors de la mise en déroute des khmers rouge). Le quotidien résidait à fouiller les poubelles pour trouver un peu de déchets que l’on pouvait revendre et alors acheter un peu de nourriture. Le domicile était 3 bouts de carton, mis ensemble. Pas de sécurité, pas d’hygiène, le rejet de beaucoup de personnes, un père qui lorsqu’il avait bu était violent fait dire à Sophat que la vie alors c’était l’enfer.

Il avait 12 ans, lorsqu’une voisine met la maman de Sophat en contact avec Hagar, un des projet de Jeunesse en Mission qui s’occupe des mères en difficulté et des familles de la rue. Sophat avec toute sa famille est placé dans une île où le programme de réhabilitation lui permet enfin d’aller à l’école. Il entend parler de Dieu et associe le bien-être qu’il ressent dans cette nouvelle vie avec le fait que le Divin a de bons plans pour sa vie. Il étudie 9 ans puis s’engage comme manœuvre dans la construction, apprenant un peu de maçonnerie, un peu d’électricité, un peu de sanitaire. En recherche d’une bonne raison de vivre, il essaie la drogue, l’alcool, le tabac, mais n’y trouvant pas de plaisir, il abandonne.

A 24 ans un de ses amis lui conseille de suivre une école de disciples, c’est alors l’ouverture vers une relation personnelle avec Dieu et la découverte de guérisons dans plusieurs domaines de sa vie.

Il travaille depuis 5 ans avec la base de jeunesse en mission de Battambang et il vient nous donner un coup de main ici, à Stung Treng pour notre école de disciples. Quel plaisir de voir le sourire de ce jeune homme et la façon dont il s’occupe des étudiants qui sont arrivés, voici 3 semaines.

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École de disciples, c’est donc une école de jeunesse en mission qui permet de connaître Dieu et de le faire connaître. Ici à Stung Treng, elle va se dérouler sur 5 mois, dont 3 de théorie et 2 de service pratique (aller dans différentes communautés pour partager sa foi).

Douze étudiants, c’est le maximum que nous avions souhaité accepter, sont donc arrivés le 28 avril. Onze viennent de Siempang et 1 du district voisin. Parmi nos onze étudiants de Siempang, sept viennent de la minorité ethnique kavet. Tous sont arrivés, intimidés par la ville, conscients de leur difficulté a parler correctement cambodgien. Les plus érudits (2) ont étudié 8 ans à l’école gouvernementale, la plupart ont 3 – 4 ans d’école et quelques uns peuvent lire mais ont de la peine à écrire.

Nous sommes au début de notre temps ensemble, mais la richesse de nos partages, le désir d’apprendre, les émotions que suscitent les enseignements, la bonne volonté pour faire tous les travaux pratiques sont tous des éléments prometteurs d’une école qui va porter du fruit dans la vie de nos étudiants.

Moi-même, me demanderez-vous ? Eh bien, je vais très bien. Je suis encore dans la phase d’adaptation (apprenant a connaître qui sait faire quoi, où sont les ressources etc.). Je n’ai plus le temps d’apprendre la langue et je suis frustrée de régresser un peu, mais je suis réjouie par les contacts avec les collègues, avec les étudiants et les gens qui vivent autour de moi. Ma santé est bonne et chaque jour a son lot de surprise, de doute, de joie. Mais l’un dans l’autre le positif est nettement plus important que les difficultés.

A chacun mes meilleurs messages et mes affectueuses pensées.

Michèle

Lettre de nouvelles, Mars 2015

Mars 2015

Premières nouvelles du Cambodge …

Chers amis,

Il ne faisait pas si froid ce 17 février lorsque je prenais le train pour l’aéroport de Genève, + 2 degrés à la mi-février n’est pas si extraordinaire. C’est en arrivant en Asie avec + 36° que je réalisais qu’en Suisse… il faisait quand même froid, brrrr.

Le voyage s’est magnifiquement bien déroulé, avec une voisine qui me demandait de me déplacer dans la rangée voisine où il y avait un siège libre afin qu’elle puisse s’étendre sur 2 sièges car elle se sentait fatiguée ! Et… pourquoi pas !!!

A Phnom Penh, Tito (le représentant de l’organisation) m’attendait avec tous les papiers nécessaires pour obtenir un visa de travail. Bon, il en manquait un ! Il fallut faire 3 fois la queue et donc attendre 1h, pour obtenir ce fameux visa. Bienvenue en Asie !

Me voici en ville : première priorité, mettre une carte cambodgienne dans mon i Phone… voilà qui est vite fait mais il faut aussi du crédit, ça c’est dans une autre boutique. Mon i Phone à la main, mon sac à main à l’épaule, me voici bien organisée, pensais-je.

Oh que non ! Tito s’assied en face de moi et m’explique avec force détails : « vous ne pouvez pas téléphoner en pleine rue avec votre i Phone à la main ! C’est une telle valeur que quelqu’un vous le volera. Vous ne pouvez pas non plus vous asseoir à l’arrière d’une moto-taxi ni vous promener en ville avec votre sac à l’épaule. Une moto va rouler à côté de vous et vous arracher votre sac, vous faisant probablement tomber de la moto. «

« Dois-je acheter un sac à mettre en bandoulière afin qu’on ne puisse pas me l’arracher ? » « Non, car les voleurs vous feront tomber de la moto et vous blesseront en vous l’arrachant »

Que faire, j’ai toujours besoin d’un porte-monnaie, d’une clé, de mes papiers d’identité ! » Il faut mettre le plus de choses possible dans vos poches, cacher les papiers sous le siège de la moto, mettre les objets sans grande valeur dans le panier de la moto ( si il y en a un). Mais en tous cas ne pas donner l’impression qu’on porte quelque chose qui a de la valeur.

Leçon no 1 : rien dans les mains, tout dans les poches.

L’i phone, dit Tito, c’est pour la maison. Pour la rue et les déplacements, il vaut mieux acheter un tél. à 15$. Si il disparait on peut facilement le remplacer et on va même acheter un tél. où l’on peut mettre 2 puces !!!! car parmi toutes les compagnies de tél. une est la plus utilisée par la plupart de nos amis, mais le réseau de cette compagnie n’est pas très étendu. La puce de la deuxième compagnie permettra de rester en contact même si je suis loin dans la forêt. Bon, me voilà bien équipée (en fait, mes poches sont pleines).

A PP, le temps de visiter des amis, expatriés et cambodgiens et la première semaine est passée. Il est temps de monter à Stung Treng. Le voyage qui durait 8 heures l’an passé, est réduit à 6 heures, les routes alors en construction sont terminées et le trafic est plus fluide. Tant mieux !

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Mon installation ici se fait rapidement. Je loge dans la maison de Joy (qui est à Stung Treng depuis plus de 20 ans), je n’ai donc que ma chambre à aménager.

Que la vie à changée en 10 ans !

Les charrettes tirées par des petits chevaux sont remplacées par les motos, voitures, camions. Les routes s’asphaltent presque partout, les maisons simples construites en briques et bois font place à de magnifiques palaces. La mode féminine s’est mise aux minijupes et aux tees shirts sans manches. Le tourisme est aussi en expansion.

Il faut se réhabituer à travailler sous les ventilateurs (avec les papiers qui volent partout), à conduire une petite moto, (tiens les règles de la circulation ne sont pas les mêmes pour tout le monde). La moto est surtout pratique au milieu de la journée quand il fait très chaud et pour les longues distances.

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J’ai acheté de suite un vélo qui me permet de prendre de l’exercice et de me déplacer. Merci aux collègues qui ont permis cet achat. C’est le matin de bonne heure que j’en profite. Et… plus de problèmes avec de dos.

Mon premier contact avec le monde du travail à Stung Treng est d’accompagner Thavy une collègue pour visiter les patients souffrant du sida. Thavy visite les patients tous les jours, et pourvoit à ce dont ils ont besoin. JEM  a acheté une machine à laver le linge de telle façons que les familles puissent laver le linge aussi souvent que cela est nécessaire. Il y a environ 2 ans on voyait les patients sidéens mourir sous les bâtiments de l’hôpital entre les pilotis. En effet, les patients sentant mauvais, étaient mis dehors. Le personnel médical ne s’occupait alors plus de ces malades. Jem a donc fait construire des locaux fermés sous un des bâtiments afin que les malades nécessitant des soins aient une chambre, ceux venant en consultation aient une autre chambre et ceux au seuil de la mort aient aussi un endroit privé. Thavy (60 ans), elle-même atteinte du sida mais sous traitement, s’occupe des patients. Elle nettoie ce qui doit l’être, va acheter de la nourriture et aide les familles à prendre soin de leur parent. Tout un monde à découvrir!!!!

Contente de vous faire découvrir mes premières impressions et je vous donnerai de prochaines nouvelles sans trop tarder.

A chacun, encore merci pour l’affection démontrée par toutes sortes de gestes lors de mon départ. Avec toute mon amitié.

Michèle