Lettre de nouvelles Octobre 2016

Stung Treng, octobre 2016

Chers amis,

J’espère que vous avez abondamment profité de l’été, « engrangé » soleil, chaleur et souvenirs agréables.

Ici à Stung Treng, l’école de disciples s’est achevée le 1er octobre. Tous les étudiants ont reçu leur diplôme. Je souhaite partager avec vous quelques moments forts de cette école.

Les douze semaines d’enseignements ont été appréciées à leur juste valeur. Compte tenu du faible niveau littéraire des élèves, l’adaptation et le charisme des enseignants a permis d’intégrer les principes de base de la foi chrétienne, de découvrir la personnalité de chaque étudiant et de vivre des temps de remise en question, de réconciliation, de guérison intérieure.

Durant cette formation deux services pratiques se sont déroulés dans la province de Stung Treng. Le défi pour nos étudiants de s’exprimer en public, de se tenir devant un groupe et de diriger des activités (chants, jeux, témoignages) fut relevé avec brio.

Au cours du dernier mois de ce séminaire un service pratique s’est déroulé dans la province voisine de Mondolkiri.

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Ce fut une découverte pour chacun de nous. Mondolkiri est une province montagneuse située à une altitude d’environ 800 m, ayant pour renommée d’être agréablement fraîche même durant la saison chaude. Les livres de tourisme affirment qu’il y a une mer de couleur verte à Mondolkiri, tant les forêts sont verdoyantes et denses. Différentes ethnies vivent dans cette région.

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Communité chrétienne de Val Yong qui nous a accueillis durant un mois. Ethnie Bunnong ou Phnong.

Nous avons partagé le quotidien de la communauté Bunnong ou Pnong (cette ethnie porte deux noms) qui vit de la culture du poivre, du café, du riz (Cambodge oblige !).

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Ce sera dans quelques mois, la nouvelle église de Val Yong. Quel plaisir de pouvoir donner un coup de main pour cette construction.

Ce village regroupe 25 familles, toutes chrétiennes. L’église (bâtiment) devenue trop petite et « vieillotte » a motivé les villageois à entreprendre la construction d’un nouveau bâtiment. Nous avons pu aider à assembler la structure en bois de l’église et découvrir le travail dans les champs de café.

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La plantation de café où nous avons pu faire nos premières armes. culture de café.

 

 

 

Nous réservions nos soirées aux enfants, aux adolescents et aux dames. Nous animions ces différents groupes. Les enfants ont également largement bénéficié de notre présence.

J’ai pu constater au travers des différents services pratiques combien nos étudiants avaient évolué, appris à partager leur foi, à diriger des groupes de jeunes et devenir responsables au sein d’une église.

A leur retour les étudiants ont rempli différents questionnaires pour évaluer l’école, les cours et le personnel. A la question : « que t’a apportée l’école, qu’a-t-elle changé dans ta vie ? » les réponses variaient.

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Un étudiant a écrit : j’ai appris que j’avais de la valeur en tant que personne. Avant l’école, je savais que les animaux chassés dans la forêt avaient une valeur marchande mais maintenant je sais que moi aussi j’ai de la valeur à cause de ma personnalité et de ma rencontre avec Dieu.

Un autre disait : j’ai appris à aimer mes parents et je le leur dirai à mon retour à la maison.

J’aimerais vous partager l’histoire de Somnang. Elle illustre le changement survenu durant cette école. Somnang vient d’un petit village réunissant environ 30 familles. Rebelle depuis son enfance avec un fort sentiment de rejet, Somnang n’écoutait que sa révolte. Il était connu pour ses « frasques ». Drogue, colère, éclats de voix faisaient partie de son quotidien. Il portait toujours un couteau sur lui (pour attaquer ou se défendre). Quand il roulait en moto avec ses copains et qu’un poulet venait à traverser la route, hop il était attrapé et mangé. Une tante, le voyant tellement désemparé, avait réussi à le convaincre de suivre une école de disciples. Ce fut un dur et long cheminement pour nous le personnel mais aussi pour les autres étudiants. Petit à petit des changements se sont produits ; il a accepté les réprimandes et désiré apprendre la patience. Nombre de fois il a dû demander pardon pour des paroles désobligeantes et des attitudes incorrectes. A la fin de l’école nous avons conscience qu’il reste du chemin à parcourir, mais Somnang possède maintenant des outils pour continuer de progresser.

Consciente que Somnang a encore besoin d’encouragement, je lui ai rendu visite dans son village, accompagnée d’un étudiant de l’année dernière. Ils habitent proches l’un de l’autre. Somnang nous a raconté son retour chez lui. A son arrivée, il s’est agenouillé devant ses parents (coutume cambodgienne qui exprime un grand respect), les a remerciés de lui avoir permis de suivre l’école. Il leur a aussi demandé pardon pour les soucis qu’il avait causés dans le passé. Les parents de Somnang ne sont pas chrétiens mais ils étaient tellement surpris de son changement d’attitude. Depuis son retour, les voisins viennent souvent parler à Somnang et veulent comprendre son changement d’attitude.

En guise de conclusion, j’aimerais vous présenter plus personnellement les cinq co-équipiers de cette école. C’est un bref portrait de chacun d’eux.

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Yong 21 ans

En lui, la gentillesse incarnée. Doux de caractère, il faut constamment lui demander de hausser la voix lorsqu’il parle. Yong est un leader qui se place derrière les autres et leur dit : « je suis là, je te soutiens, tu peux parler ». Lorsqu’il joue de la guitare, l’adoration coule, telle une source pure. Si Yong prêche, les gens écoutent. Malgré son manque d’assurance il a un coeur de pasteur.

 

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Tiè 21 ans

De nature timide Tiè, a un bon sens de l’humour. Il voit le beau côté des choses et son rire est communicatif. Ces derniers mois il a démontré un sens aigu des responsabilités. Il ose prendre des décisions et mène à terme ses engagements. Durant notre séjour à Mondolkiri, il a organisé et conduit toutes les activités spirituelles. Avec gentillesse mais fermeté il expliquait et faisait répéter les jeux de rôle. Il désignait le responsable pour les chants ou le « maître des cérémonies ». Toutes les soirées ont arboré un franc succès.

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Pheng, l9 ans

Le plus jeune de l’équipe. Il semblait, au début de l’école, tellement insouciant que je doutais de ses compétences. Je m’étais trompée. Certes sa jeunesse ne lui donne pas la maturité de ses collègues mais il a démontré un sens du service et des responsabilités qui m’ont réjouie. Son honnêteté m’a surprise plus d’une fois. Lorsque je lui confiais de l’argent pour un achat ou pour préparer la nourriture du week-end il n’a jamais omis de me rendre la monnaie, même s’il ne restait que 10 cts. Son magnifique sourire charme tous ceux qui le côtoient.

 

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Magn, 20 ans

Réservé, voire timide Magn a fait un pas de géant concernant sa croissance spirituelle. Au début de l’école, Magn faisait preuve de discrétion, n’était guère disponible. Petit à petit j’ai vu Magn prendre de l’assurance et sa perspicacité m’a surprise plus d’une fois. Lorsqu’il se tient devant la classe, souvent il exprime des principes de vie affirmant que l’honnêteté « paie » à long terme. Il parle des conséquences de nos choix d’attitude et bien d’autres principes encore. Il est profond mais très clair dans ses explications. Les questions qu’il pose sont toujours pertinentes, pleines de bon sens. Magn a appris à « gratter » de la guitare lors de la première école et il joue vraiment bien. Quelques étudiants lui ont tout naturellement demandé d’enseigner les rudiments de cet instrument. Magn a organisé des cours. Il a impliqué d’autres membres du personnel, musiciens et hors des activités journalières, cinq étudiants ont appris l’art de jouer de la guitare.

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Souna, 22 ans

L’aîné de notre équipe au caractère doux, posé, sensible, Souna tout à la fois discret, est indéniablement un leader. Calme, il organise une chose après l’autre. On peut lui confier des responsabilités, l’impliquer auprès de certains élèves, prendre soin du matériel, Souna mène tout à bien. Quelques jours avant la fin de l’école Souna me disait : on n’a jamais eu l’occasion de passer du temps ensemble, de parler juste tous les deux. Tu aurais de la disponibilité pour ce genre de rencontre ? J’ai aimé cela !

 

 

 

 

Voilà, l’école est finie ! Le temps des vacances se profile. Enfin si l’on veut… J’ai pour projet au mois de novembre de partir visiter le Laos. Je vous partagerai mes découvertes en fin d’année.

Toute ma gratitude pour votre intérêt et votre amitié. Combien j’apprécie les messages qui arrivent d’Europe. Tous me réjouissent et me comblent de reconnaissance.

MERCI à vous qui prenez un « clavier » pour m’envoyer un petit mot.

Bien amicalement,

Michèle

Lettre de nouvelles, Juillet 2016

Chers amis,

Quelques mois depuis les dernières nouvelles! J’espère que vous allez tous bien et me réjouis de partager les nombreux évènements qui sont survenus ici ces derniers mois.

2016-juillet-1Début avril, juste avant le nouvel-an cambodgien, un immense incendie a complètement détruit le marché de Stung Treng. D’origine criminelle, cet incendie a laissé de nombreux commerçants complètement ruinés. D’habitude les commerçants empruntent pour acheter des marchandises et bien sûr maintenant, pour ces personnes-là, il ne reste que la dette ! Un nouveau marché est en voie de construction.

 

 

Lorsque notre première école de disciples se terminait fin février, cinq élèves ont souhaité continuer l’aventure avec Vaung, Davy et moi-même. Ils ont suivi le cours pour devenir membres du personnel et ce fut un cheminement merveilleux pour eux comme pour nous.

2016-juillet-2Une écoute active, la résolution des conflits, comment réagir dans la confrontation, la guérison dans la prière étaient quelques-uns des sujets dont nous avons parlé.

Rapidement nous avons vu une étonnante croissance spirituelle se développer. Ces 5 garçons étaient toujours prêts à aider, toujours volontaires pour les différentes tâches que nous voulions leur confier. Ils ont partagé leurs craintes de ne pas être à la hauteur, de ne pas savoir et ensemble nous avons parcouru la route du dialogue et du partage. L’année passée, ils étaient nos étudiants, maintenant ils sont nos collègues et c’est une joie continuelle de travailler ensemble.

Fin avril, nous étions prêts à accueillir les 11 étudiants qui souhaitaient suivre l’école de disciples. Trois garçons de la province voisine de Ratanakiri, ils sont de la minorité ethnique Tompuon, trois filles d’origine kavet, trois garçons aussi kavet et deux cambodgiens. Tous très jeunes, (en dessous de 20 ans) ils sont arrivés de leurs villages prêts pour une aventure de vie mais aussi très intimidés par la ville. Les soirs de la première semaine, je voyais ces étudiants s’asseoir sur le trottoir devant notre maison et regarder les véhicules, les gens déambuler dans la rue. Tant d’activités était une découverte.

L’un des étudiant cambodgien est en chaise roulante, souffrant d’une paralysie musculaire, ce fut un défi de l’intégrer dans notre vie quotidienne, mais quelle bénédiction de pouvoir lui offrir la possibilité d’étudier.

Quelques semaines déjà que nous partageons vie d’étude et vie communautaire. Bien sûr plein de questions, de problèmes à résoudre, mais que de joie aussi. Même si les étudiants sont jeunes, ils ont souvent été malmenés par la vie. Le manque d’espoir pour l’avenir,

2016-juillet-3encore et toujours des problèmes d’alcool dans certaines familles, quelquefois des habitudes culturelles abusives sont quelques-unes des questions auxquelles nous essayons d’apporter des solutions.

Belle expérience : nous étions à la fin de la deuxième semaine d’enseignement. Nous venions d’apprendre comment écouter la voix de Dieu et l’adorer. Pendant un temps de prière, nous étions appelés à prendre un engagement personnel pour mettre en pratique ce que nous venions d’étudier. Il y avait beaucoup d’émotion dans l’atmosphère. Le personnel aussi bien que les étudiants se levaient à tour de rôle et dans la prière s’engageaient à utiliser ce qu’ils avaient appris. Soudain un des étudiant sortant complètement du sujet, s’avança et toujours priant, se mit à confesser tous pleins d’erreur qu’il avait commis, demandant pardon. Ses pleurs se transformaient en sanglots alors qu’il priait. Dans la classe, je pouvais entendre des reniflements, chacun étant impliqué dans ce qui se passait. A un moment j’ai ouvert les yeux pour comprendre ce que je devais faire. C’est alors que j’ai vu que trois de nos collègues s’étaient approchés de l’étudiant, l’avaient pris dans leurs bras, l’entourant comme une muraille de protection et lui démontraient la compassion divine. A ce moment-là des larmes jaillirent de mon coeur, non pas à cause du drame que vivait l’étudiant, mais parce-que la réponse de mes trois collègues me révélait le chemin parcouru au travers de notre école. L’année passée, ces 3 collègues avaient reçu l’attention des enseignants, de nous, le personnel et maintenant ils étaient à même de transmettre ce qu’ils avaient appris. Dans la culture cambodgienne, les émotions sont enfouies au plus profond de la personne, en les révélant on » perd la face » donc on nie toute souffrance ou peur derrière un certain sourire figé. Voilà qui a changé pour ces cinq collègues.

Merci à chacun de votre intérêt et de votre amitié. Bel été. Bien affectueusement

Michèle

Lettre de nouvelles, Février 2016

« Je suis tellement content de réaliser que les jeunes qui ont étudié à Stung Treng ne conduisent plus les motos aussi vite dans le village… »

«… les jeunes nous écoutent, ils sont plus respectueux. Leur vie a tellement changé. Ils ne boivent plus d’alcool, ne vont plus « rôder » le soir.

Un des anciens de l’église en avait les larmes dans les yeux lorsqu’il disait « ils en savent plus que moi maintenant ».

Bien chers amis,

Tels sont quelques-uns des commentaires que Vaung et moi avons pu recueillir lors de notre visite dans la communauté chrétienne de Takeng /Pong Kriel dont 4 des 12 étudiants étaient issus. Nous avions le souhait de visiter les 2 villages d’où viennent la plupart des étudiants afin de prendre de leurs nouvelles mais aussi de considérer avec les familles et les anciens d’église la possibilité de continuer la formation pour 6 semaines supplémentaires.

Notre proposition fut accueillie avec enthousiasme. « Oui, oui, disaient les anciens, il faut qu’ils aillent encore étudier. Il faudra que toute notre jeunesse aille aussi étudier, nous les aiderons si nécessaire».

L’entretien qui s’en est suivi rassemblait les 4 jeunes, Vaung et moi-même. Chacun a partagé, à tour de rôle, ce qu’il avait ressenti lors de son retour dans sa famille et au village.

Tous s’accordaient pour dire que le retour était difficile. « J’avais tellement de choses à raconter, mais personne ne m’a rien demandé » disait l’un. « Les copains sont venus et m’ont ’invité à boire un verre, disait un autre, et c’était difficile de leur expliquer que je ne voulais plus me soûler »

Avons-nous réellement apporté un changement qui va transformer la vie de ces quelques jeunes ?

Nous nous sommes tous retrouvés début janvier pour compléter la formation de ces jeunes

lettre-05-01

Construction de toilettes familiales, sous la super vision de Mali.

Principes pour créer un jardin potager.

Forage manuel d’un puits familial.

 

 

lettre-05-02

Principes de base pour gérer un projet de développement,

Éthique chrétienne dans sa vie et celle de son église ont été les principaux thèmes de cette formation continue.

La visite d’amis de France et de ma sœur Josette a été l’apogée de ces dernières semaines.

A chacun mes amitiés.

Michèle