Décembre 2022

Bien chers amis,

Avec grand plaisir je vous partage le dernier évènement qui a occupé toute notre équipe en cette fin de novembre . Depuis de nombreuses années nous savons combien la jeunesse est porteuse d’espoir, de vie et d’avenir. Avant la période Covid nous avions la tradition d’organiser des camps de jeunesse sous différentes formes et c’était toujours beaucoup d’anecdotes à raconter. Mais ces dernières années l’enthousiasme de la jeunesse était un peu… éteinte. Chacun était trop occupé pour se réunir… la jeunesse voulait s’offrir du bon temps… se détendre sans trop savoir comment faire. Les responsables jeunesse étaient à court d’idées pour relancer un programme. Ainsi donc l’année 2021 – 2022 n’a offert aucune opportunités pour des rencontres jeunesse.

Heureusement ce dernier trimestre à vu un changement. Une idée a été lancée, un projet a vu le jour et la nouvelle s’est répandu dans toute la province, même dans deux provinces voisines. La fête des eaux au Cambodge, célébrant la fin de la saison des pluies offre 3 jours de congés ! Occasion rêvée pour organiser un camp jeunesse. Les inscriptions se sont enchainées et environ 170 jeunes ont manifesté leur désir de participer à ce camp.

Vous parler de l’infrastructure nécessaire serait tout un chapitre mais résumons avec  les repas qui exigeaient une certaine dimension de marmites et l’espace dortoir qui a demandé une imagination hors du commun ! La créativité de nos collègues a fait merveille plus d’une fois. Chacun dans son domaine de responsabilité devait se débrouiller pour trouver les ressources nécessaires et c’est avec beaucoup de bonne humeur que les préparatifs se sont déroulés.

Réunion d’ensemble pour chanter, danser et découvrir des sketchs rappelant les années passées, puis enseignement par petits groupes pour parler des relations entre individus, entre filles et garçons, de notre identité en Christ etc etc.

Bien sûr les jeux sont toujours l’occasion de s’amuser mais surtout permet à la fougue de la jeunesse de se libérer.

Trois jours de vie communautaire, d’exaltation et chacun est reparti avec quelques larmes dans le regard et le souhait de revenir l’année prochaine. Pour ma part ce qui me réjouit le plus,  c’est la rencontre avec la jeunesse de Siempang qui a manifesté le désir de recommencer les groupes de jeunes début décembre afin de préparer des activités pour célébrer la fête de Noël dans leur village.

Que la même joie qui résulte de ce camp jeunesse, parsème votre chemin de l’Avent et vous conduise à la paix promise et manifestée par cette merveilleuse fête de Noël.

Avec toute mon amitié.

Michèle

Cambodge octobre 2022

Octobre 2022

Chers amis,

Un bon mois que je suis de retour au Cambodge et il est grand temps de vous donner quelques nouvelles.

Tout d’abord quelques pensées, souvenirs de mon séjour en Suisse. Toutes les rencontres ont été une source d’encouragement et de grande joie. Merci à chacun pour votre accueil, écoute et amitié. Une seule ombre au tableau, les personnes que je n’ai pu visiter par manque de temps.

Ici au Cambodge, la saison des pluies arrive peu à peu à son terme laissant en souvenir de son passage des paysages absolument magnifiques. Tout est verdoyant, fleuri et c’est un spectacle dont on ne se lasse pas.

Les rizières sont également dans toute leur beauté, on n’a pas assez d’yeux pour toutes les admirer. Elles arrivent à maturité et tout bientôt offriront leurs fruits à la cueillette. La plupart des amis disent que cette année, la récolte sera bonne et récompensera ainsi les producteurs. C’est une bonne nouvelle.

Il y a quelques jours toute l’équipe de jeunesse en mission Stung Treng a tenu son assemblée annuelle. Le personnel de Phnom Penh, celui de Siempang et de Stung Treng s’est réuni et durant deux jours, chaque responsable de projets a évalué les activités de l’année en cours. Il fallait décider quelles activités abandonner ou poursuivre et sous quelle forme continuer dans l’avenir. Les objectifs planifiés pour 2023 ont aussi été partagés et l’on peut dès maintenant se mettre au travail pour envisager les activités qui nous permettront d’atteindre nos objectifs. Nous nous souvenons aussi que notre travail dépend pour beaucoup de la disponibilité des villageois et de leur désir d’instituer des changements de vie. Nous disposons de connaissances, de ressources, de bonne volonté mais le développement communautaire se fait grâce aux gens du village. De même les projets de développement dans les églises dépendent principalement de la formation et de l’engagement de responsables. Nous travaillons avec des gens formidables mais qui eux aussi sont limités (par la nécessité de nourrir leur famille, la loi des saisons etc.)

 

A chacun un bel automne et à bientôt, bien amicalement

Michèle

 

Siempang avril 2022

Chers amis, juste avant mon retour, prévu mi-juin je voudrais partager l’évènement un peu particulier vécu le mois passé. Heureusement tous les jours ne se ressemblent pas !

Paternité, une histoire kavet

Comme d’habitude les filles dorment à l’étage, sur notre terrasse et les garçons suspendent leur hamac tout autour de la maison et chez le voisin. C’est la fin mars et les 37 enseignants (parmi lesquels 7 filles) en alphabétisation kavet se sont réunis pour leur traditionnelle rencontre trimestrielle.

Ce mardi, 29 mars, il y eut un terrible orage dans l’après-midi avec une coupure d’électricité qui a duré des heures… Cela n’empêcha pas la musique de mariage du voisin de jouer tout l’après-midi avec un entrain sans faille (merci au générateur !). Contrairement à la tradition et fort heureusement pour nous, la fête ne dura pas toute la nuit et les nettoyages furent accomplis avec des décibels relativement supportables.

Cette même nuit, entrecoupés de sanglots, vers 2h du matin, des cris déchirants se sont fait entendre sur notre balcon. A demi-réveillée je me disais que quelqu’un devait faire un mauvais cauchemar ! Comme les cris montaient en intensité j’ai pensé qu’un démon était en cause. Le temps de me lever et je me suis retrouvé devant la maison, au clair de lune avec un groupe de personnes, qui tous se demandaient ce qui se passait. Une jeune fille (environ 17 ans), pleurait, grognait, courait ici et là, s’accroupissait, impossible même de la retenir pour prier. Nerveusement chaque participant se demandait comment aider cette jeune fille.

Bunthann, notre responsable de programme qui normalement prend les décisions nécessaires pour résoudre ce genre de problème, avait été renvoyé à la maison quelques heures plus tôt, étant Covid positif. C’est donc son jeune assistant, récemment entré en fonction qui a pris les choses en main. Il fallait emmener cette jeune fille à l’hôpital ! Impossible de l’asseoir sur une moto, c’est donc soutenu par deux collègues que la jeune fille entreprit son périple pour atteindre l’hôpital, éloigné d’environ 1 km.

Difficile de retrouver le sommeil après tant d’émotions… Une demi-heure plus tard, les premières nouvelles nous parvenaient. La jeune fille avait accouché le long de la route d’une petite fille, aidée par ses deux collègues masculins, un n’est pas encore marié, l’autre est un grand-père. Personne n’avait remarqué que la jeune fille en question était enceinte et les rumeurs concernant la durée de la grossesse variaient mais il semblait que cette petite fille avait atteint l’âge de 7 mois. Les parents de la jeune maman qui habitent un village de l’autre côté du fleuve ont été contactés et miraculeusement ont trouvé un bateau pour faire la traversée, c’est donc vers 3h du matin au centre de santé avec grande surprise (eux non plus ne savaient rien de la grossesse) qu’ils ont pu faire connaissance de leur petite fille.

Dans la matinée qui suivait, Alli et moi-même avons rendu visite à cette nouvelle maman et avons constaté que la petite était enroulé simplement dans une jaquette, pas encore eu le temps d’acheter quelques vêtements. Nous réalisons surtout, que cette petite n’a pas assez chaud et qu’elle n’a pas la force de téter. La balance annonce un poids de 1,6 kg.

Cette petite est vulnérable, a besoin d’un incubateur et de soins spécifiques aux prématurés. Le centre le plus proche que l’on puisse trouver est à Kratie, environ 6 heures de route. Il faudra utiliser notre voiture et qu’une de nous prenne le volant. Malgré les difficultés les grands-parents sont d’accord de faire le voyage et un message est envoyé au papa, perdu quelque part en forêt.

Premier vêtement à l’âge de 11 heures !

A mi-chemin, les premières gouttes de lait maternel apparaissent mais le bébé est trop faible pour les avaler. L’espoir remonte d’un cran. A Stung Treng on change de voiture, Sokun, notre employé, prend le volant, la sage-femme anglaise Joy se joint au groupe et passe les dernières heures de la journée, encore assombries par la pluie, à aider la jeune maman à allaiter son bébé.

Hospitalisée et perfusée à l’âge de 18 heures

Nous sommes reçus rapidement dans l’unité des prématurés de Kratie et avec efficacité, le bébé est pesé, perfusé, et enregistré sous le prénom de Ratana, faute de mieux (il n’y a pas eu beaucoup de temps pour chercher un prénom). Elle restera dans ce centre jusqu’à ce qu’elle ait atteint le poids de 2 kg. Après des aurevoir émus, l’équipe de JEM reprend la route sous une pluie diluvienne. Cette journée-là s’est terminée à minuit.

L’histoire se poursuit par téléphone, le supposé père, également un enseignant en alphabétisation, refuse la paternité ! Selon la tradition kavet il ne peut y avoir conception avant d’avoir eu 200 accouplements (250 à l’est de la forêt) et le fiancé insiste, il n’a pas atteint ce compte, donc le bébé doit appartenir à quelqu’un d’autre. En fait, on découvre que notre jeune maman a vécu pendant 4 mois avec un autre monsieur l’année passée. Hmmm assez de temps pour concevoir ! Pas vraiment un bon départ dans la vie. Dans la culture kavet les parents veulent que les jeunes filles se marient très jeunes (14-15 ans) précisément pour éviter ce genre de problème. Pendant ce temps, la grand-maman dit qu’elle veut que la jeune mère, le fiancé et le bébé vivent avec elle afin qu’ils puissent prendre soin d’elle lorsqu’elle sera vieille, mais le fiancé veut que la jeune fille vive avec lui sans le bébé. La jeune maman ne veut pas laisser le bébé avec la grand-maman ! La question se résoudra probablement avec l’aide des anciens du village.

Aider de la bonne manière, n’est jamais simple, mais au travers d’une culture différente, c’est encore plus difficile !

Bien amicalement

Michèle

Siempang, février 2022

Bien chers amis,

Le début de l’année a été tellement encourageant que je me réjouis de partager ce qui a animé ma vie ces premiers mois. Les moniteurs d’école du dimanche sont venus de 6 villages, la formation s’est faite en deux temps et les 16 histoires ont été rapidement apprises Les jeux de rôle ont toujours beaucoup de succès. Le fait que l’équipe de formation, composée de 8 personnes, soit enthousiaste et motivée a permis aux moniteurs d’acquérir toute la connaissance nécessaire et a rendu mon travail plus facile.

Les moniteurs et formateurs

Tout de suite après une formation d’un genre différent s’est déroulée. Je rêvais depuis des années de voir des groupes de dames se former dans les différentes églises de villages. Les femmes au Cambodge et dans l’église également ne sont pas trop considérées et ne connaissent pas leur valeur. Elles sont discrètes, sourient et disent : « je ne sais pas (lire, écrire, expliquer ». De ce fait-là, elles n’osent pas ! Pourtant elles sont la force de leur maison, de leur village. Les hommes sont souvent en forêt, donc absents de la vie villageoise mais les femmes sont en principe présentes.

Journée de formation pour « groupe de dames

Pour une première expérience j’ai proposé à 3 villages de venir apprendre les histoires de différentes femmes de la Bible. Je connais dans ces villages trois jeunes femmes qui peuvent lire et écrire. Leurs mères par contre sont analphabètes mais bien respectées.

C’est donc une équipe « mère-fille » que je souhaitais former pour diriger ces nouveaux groupes. Une femme que je connais bien d’un quatrième village m’a interpellée : » pourquoi ne m’as-tu pas invitée ! J’aimerais tellement venir ». J’avais préparé pour la première rencontre 4 histoires avec pour chacune un jeu, un dessin à produire ou une activité qui aide à se souvenir de l’histoire. Cette première rencontre d’un jour a été tellement encourageante. Ces dames d’habitude si discrètes ont vite compris la dynamique et le bénéfice de ces réunions peu à peu les langues se sont déliées et elles ont commencé à raconter leur vie. Exactement le but de ces rencontres. Avec l’histoire d’Eva s’est posé la question : qui a le plus de valeur, la femme ou l’homme ? La réponse était unanime : l’homme ! Et… pourquoi ? Parce qu’il est né le premier ! S’est alors ensuivi toute une discussion à propos de ce que dit Dieu de l’être humain et de ce que dit la société ! Quelques semaines plus tard je me suis invitée dans un des villages qui avait réuni un groupe de dames. C’était très différent de ce que j’avais préparé !

Les dames assises sur une brique ou un sac de riz, ont écouté attentivement l’histoire et la discussion qui a suivi démontrait l’intérêt et le plaisir de ces rencontres. Pour ma part j’éprouve tellement de reconnaissance de pouvoir enfin réaliser une activité qui prend en compte la vie et la valeur de la femme. Le résultat valait bien la peine d’attendre tant d’années.

J’ai le projet de venir en Suisse pour 3 mois à partir de mai (pour autant que la situation sanitaire le permette toujours 😊). J’espère vous revoir tous et pouvoir partager encore toutes les belles histoires que je vis ici.

À chacun mes affectueuses pensées.

Michèle