Lettre de nouvelles, Septembre 2015

Chers amis,

Bien des évènements se sont déroulés ces derniers mois.   Je me réjouis de vous en partager quelques aspects. L’école de disciples est très prenante et du fait qu’elle occupe presque tout mon temps, c’est principalement de cela dont je vais vous parler.

Un premier mois de cours très enrichissant nous a fait réaliser combien c’était difficile pour les étudiants d’écouter des notions nouvelles et de les mémoriser. Ce fut donc pour nous le personnel, une tâche continuelle de résumer ce qui était enseigné, de répéter des phrases clés. Il y avait beaucoup de rires (ces jeunes aiment s’amuser de leurs oublis, de leurs difficultés) et il fallait faire preuve d’imagination et de persévérance, mais cela a porté son fruit.

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Un premier service pratique de 15 jours s’est déroulé dans différents villages de la province. C’était le temps pour nos étudiants de prendre contact avec des communautés chrétiennes et de partager quelques-unes des notions qu’ils avaient apprises mais aussi d’écouter ce que chacun vivait.

Notre désir premier était de rendre service aux gens qui nous recevaient. Nous avons ainsi participés aux différentes activités de l’église des villages, mais nous avons surtout travaillé dans les rizières et aidé les agriculteurs à construire des barrières autour de leurs champs.

Pour moi, c’était l’occasion de vivre 24 heures sur 24 avec les étudiants et de les connaître plus personnellement. Ainsi après quelques jours, ils ont commencé à plaisanter sur ma façon de parler cambodgien et à rire de mes erreurs. C’était le début d’une relation où le respect dû à mon âge était conservé, mais avec la liberté d’être plus proche.

La seconde période de cours, qui était de 4 semaines fut aussi riche que la première. Nous pouvions constater que nos étudiants comprenaient mieux les cours et pouvaient mémoriser plus facilement les grandes lignes de l’enseignement. La semaine qui avait pour thème : responsable et serviteur, comment gérer sa vie de famille et professionnelle selon le modèle du Christ, a été une découverte et le sujet de beaucoup de discussions.

Quatre semaines sont vite passées et il était temps de procéder à un second service pratique, de deux semaines également. Cette fois nous avons visité dans la province voisine de Ratanakiri, deux minorités ethniques. La langue de ces minorités était proche de la langue kavet que parlent 7 de nos étudiants.

Comme lors de notre première expérience, nous avons à nouveau travaillé dans les rizières et les champs de pomme-de-terre que cultivent ces ethnies, mais nous avons davantage travaillé avec les églises locales. Les étudiants ont ainsi pu expérimenter le stress de raconter comment ils sont devenus chrétiens, ils ont aussi pu raconter quelques histoires biblique qu’ils avaient dû mémoriser.

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Dans nos activités parmi les enfants, nous proposions une leçon d’hygiène avec possibilité de couper les ongles des mains et d’un shampoing contre les poux. A ce moment-là, toutes les mains se levaient et c’était alors à qui pouvait être le premier.

Durant ces services pratiques, les conditions de vie ressemblent un peu à ce que l’on vit lorsqu’on fait du camping sauvage. Pas forcément beaucoup d’espace privé (nous vivions à 10 dans une petite maison de 4m sur 5m), dormir dans un hamac, pas toujours beaucoup d’eau à disposition, les marchés de nourriture éloignés etc. Je savais que mon corps ressentirait des limites de fatigue après 10 jours.

Aussi étais-je contente que le travail administratif demande ma présence à Stung Treng, j’avais expliqué à l’équipe que je partirais 4 jours avant la fin du service.

La veille de mon départ, plusieurs étudiants disaient qu’ils auraient l’ennui et ne voulaient pas vraiment que je parte.

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Alors l’un d’eux a eu une idée, il me disait : avant de partir, tu vas nous taper, nous battre très fort et alors on n’aura peut-être pas trop envie d’avoir l’ennui de toi !!!

Comme dans ma lettre précédente, j’aimerais partager avec vous l’histoire d’un de nos étudiant, j’ose espérer que comme moi, vous aimerez son histoire.

 

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Yong a 19 ans et est kavet, cette minorité ethnique qui vit dans 6 villages du district de Siempang. Son village est situé au fond de la forêt, il faut env. 5 à 6 h de monoaxe pour y arriver depuis le bord de la rivière.

A l’âge de 12 ans divers évènements ont bouleversé sa vie. JEM a commencé des projets de développement communautaire, il a alors vu quelques vidéos qui parlaient de Jésus. Puis il a eu l’occasion, c’était en 2009, d’aller à Siempang pour participer à la fête de Noël. A ce moment-là il a souhaité devenir chrétien, mais en rentrant dans son village, il a trouvé ses parents et un de ses frère malades, et une grande partie de leur riz (qui était stocké dans un grenier éloigné) volé. Le sorcier appelé pour trouver une solution à tous ses problèmes a dit que le frère ainé avait pour projet de tuer quelques membres de la famille. Pour payer le sorcier, on a tué un porc et vendu quelques poules, il n’y avait plus d’argent ni de nourriture. Yong à ce moment-là commence aussi à sentir ses pieds, puis ses jambes perdre leur sensibilité et à devenir froids. Mais il n’y a plus d’argent pour appeler le sorcier. Alors commencent des disputes dans la famille. Le côté droit de Yong se paralyse, la sensation de froid monte dans le corps de Yong, et il a de la peine à marcher. Il se dit que quand le froid atteindra son cœur, il mourra. Il pleure souvent et seules les visites de ses petits amis le distraient. Yong demande à son père de le mener à l’hôpital de Siempang, où il pourra demander au pasteur de l’église de venir prier pour lui, mais son père est trop malade pour l’emmener. Finalement un des ses frère propose de l’emmener et commence un long voyage qui l’emmènera dans les divers hôpitaux (district, province et finalement à Phnom Penh). Alerté, Philip, notre responsable attendait Yong à la gare des bus. Quand il a vu Yong dans les bras de son frère sortir du bus, paralysé, sans forces, il a pensé en lui-même que Yong ne survivrait pas à la maladie. Mais les médecins étangers qui travaillent à PP ont trouvé le remède qui a rétablit Yong. Après de longues semaines de traitement et de convalescence Yong a retrouvé son village. Il a expliqué à ses amis que les prières des chrétiens de PP avaient permis avec les médicaments (quelqu’un parlait d’ un syndrome de Guillain Barré ?) de le guérir. Il a partagé sa foi toute neuve et ses amis ont également demandé à Jésus de devenir leur Seigneur. Depuis ce temps-là, dans le village lorsqu’il y a des malades ou des disputes, on demande à Yong et ses amis de venir prier… et des guérisons se produisent. De nombreuses familles ont décidé de quitter la croyance des esprits et de suivre la foi de Yong. Les familles qui sont encore animistes ont aussi décidé d’arrêter d’offrir des sacrifices, le sorcier a donc quitté le village. Yong est un caractère doux et serviable, il est toujours volontaire lorsqu’on a besoin d’aide, c’est un élève studieux. Je suis convaincue qu’il sera toujours une aide pour son village.

Voilà chers amis, ce qui a habité ces derniers mois. Six semaines encore et l’école de disciples se terminera, ce sera l’occasion de vous redonner des nouvelles.

Je vous espère tous en bonne santé et vous envoie mes meilleures pensées.

Michèle