Lettre de nouvelles, Novembre 2015
Bien chers amis,
La saison des pluies tire à sa fin et c’est un peu précoce. Le Mékong qui traverse le pays n’a pas reçu la quantité d’eau habituelle et son niveau est étonnamment bas. De ce fait le festival des eaux qui devrait avoir lieu à la fin de ce mois sera annulé. Les jours fériés seront maintenus, mais pas de feux d’artifices, ni de compétitions de barques sur le fleuve.
Ceci pose la question de la récolte de riz, est-ce que la quantité de la récolte sera suffisante pour une année? Ou ferons-nous face à un manque de nourriture dans les mois à venir? Pour l’instant je n’ai pas remarqué d’inquiétude chez les agriculteurs.
Notre école de disciples s’est poursuivie ces derniers mois. Les cours se sont terminés mi-septembre et ce fut le départ pour notre troisième service pratique. Il s’est déroulé dans plusieurs villages kavet et a duré 4 semaines.

Le voyage pour atteindre le premier village a comporté plusieurs modes de transport, d’abord 2 heures et demi de voiture, puis 15 minutes de bateau pour traverser le fleuve et finalement la moto (deux personnes par moto).
Une vue de comment les deux heures et demi de voyage en moto se sont déroulées. Quelques équipiers et les bagages étaient sur un monaxe mais disent-ils ce ne fut pas plus facile.
La communauté chrétienne de ce village, nommé Kiribaleu nous a accueilli chaleureusement et ce fut un plaisir de partager la vie de ce village durant 2 semaines.
Le conseil des anciens avaient plusieurs demandes : pouvions-nous enseigner quelques chants et des histoires bibliques au groupe de jeunes, aller prier dans chaque maison chrétienne, aider à construire une maison pour un voisin, nettoyer l’abord d’un puit, et… enseigner la communauté sur l’utilité, le pourquoi et le comment de l’offrande.
Tous les soirs, un groupe de jeunes, accompagné de leurs petits frères et sœurs, souvent de leurs parents se sont réunis dans le bâtiment qui sert d’école au programme d’alphabétisation. Ils ont aimé les chants, les jeux et les histoires bibliques… mais ils avaient de la peine à mémoriser ce qu’ils apprenaient. Il faut dire que 80% de la population est analphabète. Le gouvernement a assigné des instituteurs dans ces villages perdus dans la forêt, mais les salaires sont minimes et l’isolement de ces villages fait que les instituteurs viennent quelques jours de temps en temps. Les enfants souhaiteraient aller à l’école mais les résultats sont pauvres.
Dans ces villages, pas de wc, pas de jardin potager, quelques puits à ciel ouvert. Nous avons côtoyé des gens souvent malades, qui se plaignent de douleurs articulaires, de manque de sensibilité dans les bras, les jambes. Je réalisais alors que dans notre école, qui compte 7 étudiants kavet, nous n’avions pas abordé le sujet de développement communautaire et la nécessité d’avoir des toilettes, des légumes etc
Nous avons pu réaliser à Kiribaleu tous les projets qui nous avaient été demandés et nous avons bénéficié de la générosité de ces gens. Ils n’avaient pas beaucoup pour eux-mêmes, mais ils nous ont offert des légumes, un peu de riz nouveau et leur amitié. Le départ pour un autre village, près du fleuve cette fois, était un peu triste, car nous avions partagés tellement.
Communauté chrétienne de Kiribaleu

Dans le village d’Ochaïe, nous avons trouvé une population kavet également, mais différente dans le fait que par sa location, les gens d’Ochaïe vont souvent à Siempang, faire des achats, du commerce. Là, les enfants vont à l’école et nous avons de suite vu la différence lors de nos rencontres. Les enfants apprenaient rapidement les chants, les histoires, les jeux et se rappelaient d’un jour à l’autre ce que nous avions enseignés.
Nos étudiants eux aussi avaient fait de grands progrès. Presque tous pouvaient raconter une histoire sans le support d’un papier, ils pouvaient aussi expliquer le sens de ces histoires pour notre époque. Ils ont dirigé les jeux, partager leur histoire personnelle et souvent nos étudiants kavet devaient traduire pour leur collègues. Ils ont eu grand plaisir dans ce service pratique et le tout avec beaucoup de partie de rire, car le peuple kavet est un peuple joyeux, sans trop de protocole et qui s’amuse de tout et de rien.
Le retour à l’école après 4 semaines de « camping » était bienfaisant. C’était alors le temps des évaluations, le temps de songer à retourner au village avec tous les problèmes qu’ils allaient rencontrés, le temps aussi d’imaginer ce qu’ils allaient faire (aller en forêt, aider dans les rizières etc). La dernière semaine était donc des plus occupées. La question qui tarabustait nos étudiants était de savoir s’ils avaient réussi leurs tests et s’ils allaient recevoir leur certificat. Eh bien, oui, tous ont réussi !
Étudiants et personnel de l’école de disciples.

La cérémonie de remise des certificats a eu lieu le samedi 24 octobre en présence de nombreux amis. Pour chacun des étudiants c’était la première fois qu’ils recevaient un certificat et ils étaient tellement reconnaissants. Ils ont appris beaucoup au travers des cours, mais aussi dans la vie communautaire.
Pourtant, nous les responsables avons l’impression que leur formation n’est pas encore complète. Nous voulions former cette jeunesse pour diriger les groupes chrétiens qui voient le jour dans leur village et qu’ils soient agents de transformation pour leur communauté.
Nous avons le sentiment qu’ils n’ont pas encore tous les outils pour ce que nous voudrions voir dans ces villages. Aussi sommes-nous en réflexion pour compléter cette formation, peut-être en début d’année. Nous devons parler avec les parents et les responsables des églises pour décider quand et combien de temps poursuivre ce suivi.
Différence culturelle : durant l’école, si un étudiant était malade, je le visitais, lui donnait des médicaments, achetait de la nourriture spéciale dont il avait envie etc. Les malades m’ont toujours bien remercié et souvent disaient : « tu aimes vraiment les gens ! tu nous soignes et prends soin de nous ». Ce qui me paraissait normal, à moi, était spécial pour eux car dans la culture kavet, si quelqu’un est malade, il faut qu’il se soigne seul et se débrouille. D’où leur étonnement que je prenne soin d’eux.
Pour ma part, je vais bien. Cette école a été un lieu d’apprentissage où beaucoup d’émotions ont été partagées et où les relations ont été profondes et riches. Ce mois de novembre je prends un peu la vie au ralenti et c’est très agréable. Début décembre, je reprends les leçons de cambodgien et je visiterai les étudiants dans les différents villages.
Je vous espère tous en bonne santé et vous envoie mes meilleures salutations.
Michèle
