Lettre de nouvelles Décembre 2017

Chers Amis,

En ce temps de l’Aven, je vous envoie mes affectueuses pensées et souhaite que la venue du Sauveur de l’humanité soit source de joie et de paix pour chacun de vous.

Ici à Stung Treng la vie s’écoule, remplie de surprises, quelquefois de frustrations, mais toujours avec bonne humeur. Le 21 septembre, date d’ouverture de notre mini-école de disciples, nous attendions entre 14 et 16 jeunes, arrivant principalement des villages kavet. Quelle ne fut notre surprise de compter 19 élèves en cette fin de journée. Sept filles et douze garçons ont ainsi intégré notre structure préparée pour 16 étudiants au maximum. Il fallut rapidement trouver des nattes, des moustiquaires mais aussi une chambre supplémentaire. Les premières semaines ont été une course continuelle pour compléter le matériel de chacun. Mais en Asie et ici au Cambodge on rit des situations où tout est désorganisé. Parmi nos 19 étudiants nous comptons deux personnes handicapées : Orr, une femme d’environ 50 ans, aveugle depuis une vingtaine d’années et Riep, un jeune homme de 24 ans, sourd et muet de naissance. Orr a 4 enfants et selon la coutume kavet elle doit être autonome pour tous les actes de sa vie quotidienne. Elle cuisine son riz et pourvoit à ses propres besoins. Elle me dit aussi qu’elle cultive sa rizière (un voisin de passage à Stung Treng confirmait qu’elle se débrouille seule la plupart du temps). De temps à autre un voisin lui apporte un peu de nourriture ou l’aide à puiser de l’eau. Nous savions que ces deux personnes désiraient suivre une école de disciples. Après mûre réflexion, il fut décidé que leur handicap ne représentait pas un obstacle insurmontable et nous les avons acceptés dans notre école. Je dois avouer que ces 2 étudiants sont les plus joyeux de la classe. Riep est constamment en éveil pour regarder et essayer de comprendre ce qui se passe. Si un jeu est proposé il est toujours le premier à vouloir y participer et il a un sourire absolument magnifique (même si je n’ai pas réussi à le faire sourire pour la photo). Tous l’apprécient et essaient de comprendre sa gestuelle.

Parmi les sept collègues du personnel, Ret vient de Kiribaleu, un village situé dans la forêt de Siempang. J’étais surprise de constater que parmi nos élèves, sept viennent de ce même village. Ret m’a alors expliqué : « Quand mes copains et leurs parents ont vu tout ce que j’avais appris dans l’école de disciples, ils ont tous voulu venir et apprendre aussi ». Nos élèves sont donc notre meilleure publicité ! Comme les années précédentes, le niveau scolaire est faible. Sur 19 étudiants, 7 savent lire et écrire. L’encadrement de ces élèves analphabètes demande de la part du personnel beaucoup de disponibilité et de temps ce qui pose une question fondamentale : voulons-nous relever le niveau scolaire de notre école et sélectionner les élèves, acceptant uniquement ceux qui savent lire et écrire (sachant que les jeunes analphabètes n’auront aucune autre chance de voir des changements dans leur vie) ou alors voulons-nous continuer de marcher avec des jeunes simples possédant un petit potentiel pour voir d’autres « Ret » devenir agents de changement au sein de leur communauté ?

Je voudrais partager deux petites histoires touchantes et drôles qui résument ce qui se passe dans notre école. La première histoire concerne Riep. Les premières semaines je n’étais pas certaine qu’il comprenne les sujets enseignés. Le thème de la bataille spirituelle était expliqué par un pasteur laotien qui utilise le dessin pour illustrer ses cours. Pour instruire Riep, il a dessiné un soldat en armure selon Ephésiens 6 (je vous joins ce dessin) reliant les diverses parties de cette armure à l’histoire de la Bible, la création du monde, l’arrivée du mal, la nécessité de la loi (les commandements), la difficulté à la respecter, la venue d’un bébé, la croix, la résurrection, la naissance de l’église, le monde pour partager la bonne nouvelle. Cet enseignant avait vu Riep utiliser des chiffres pour se faire comprendre, il a alors placé des chiffres pour aider à la compréhension de son dessin. Quelques jours plus tard, Riep cherchait à me faire comprendre quelque chose avec force gestes. Il montrait le ciel puis lui-même et c’est quand il a fait le mouvement de bercer un bébé que j’ai compris qu’il me résumait le dessin. Il a fait tous les gestes pour me raconter l’histoire sans omettre aucun détail. Il avait compris la leçon de toute la semaine. J’étais émue en réalisant que Dieu avait trouvé le chemin de son cœur. Son handicap n’était pas un obstacle pour Dieu.

La seconde anecdote est arrivée à Hinn, un des plus jeunes étudiants de la classe. Il racontait ce qu’il avait appris lors de la semaine de service pratique. «Je marchais dans le village en priant pour les gens qui habitent dans cette rue. On m’avait toujours dit que lorsqu’on prie il faut fermer les yeux pour se concentrer. C’est donc ce que j’ai fait et j’ai culbuté sur un chien. Alors j’ai regardé comment faisait Vaung, ma responsable, et j’ai vu qu’elle priait les yeux ouverts. Donc quand on marche, il vaut mieux ouvrir les yeux pour prier ! »
Nous parcourons la dernière semaine de cours. Lundi c’est le départ pour deux semaines de service pratique puis ce sera la fin de notre école. Il faudra alors évaluer les cours, le personnel, les étudiants, jaugé ce qui a bien fonctionné, ce qu’il faudra changer à l’avenir. Le temps de l’au-revoir arrivera avec toute l’émotion qui en découle.

En ce qui me concerne cette école a été différente. Je n’ai pas ressenti la joie des séminaires précédents. Mes occupations à des tâches bureautiques et organisationnelles m’ont éloignée du contact direct avec les étudiants et mes collègues. Les participants de cette école étaient trop nombreux pour la structure d’accueil à disposition, ce qui m’a souvent posé problème ou alors peut-être le temps est-il venu de changer de ministère ? Voilà une question que je vais devoir creuser dans les semaines à venir.

La fête de Noël se déroulera dans plusieurs villages proches de Stung Treng où existent des communautés chrétiennes. Dans notre église de Stung Treng nous fêterons le 31 décembre. Puis j’irai m’installer dans le district de Siempang pour les trois premiers mois de l’année. Je souhaite continuer le travail entreprit en janvier 2017, c’est-à-dire former à nouveau des moniteurs d’école du dimanche. Certains ont suivi la première formation mais toute activité a cessé durant la saison des pluies (qui dure 6 mois). Il faudra faire une remise à niveau mais aussi former de nouveaux moniteurs. Je voudrais voir des groupes de jeunesse se former dans ces cinq villages. J’aurai alors besoin de nouvelles d’idées pour créer des activités qui répondent aux besoins de la jeunesse et stimuler l’envie de se retrouver.

Fin janvier 2018 (et pour 2 mois), j’aurai la visite de mes sœurs Danielle et Josette. Combien je me réjouis de les accueillir et je compte bien utiliser leur imagination et leurs dons créatifs. Nous serons principalement basées à Siempang et je me réjouis de leur faire découvrir les amitiés que j’ai développées avec la jeunesse de ce district. Il y aura certainement beaucoup de fou-rires et plein de moments passionnants que je vous ferai partager dans ma prochaine lettre.

A chacun des fêtes de fin d’année heureuses et bénies.

Avec toute mon amitié,

Michèle