Lettre de nouvelles, janvier 2019

Bien chers Amis,
C’est avec beaucoup de joie que je vous souhaite une belle et heureuse année. Qu’elle soit remplie de contacts profonds et illuminée par la présence de ceux que vous aimez.
Moi-même, ici, je vais bien et suis tellement contente de partager avec vous ce qui a rempli ma vie ces derniers mois.
L’été passé, en prenant la fonction de comptable au sein de l’équipe de Jeunesse en Mission, j’acceptais aussi la responsabilité d’accompagner chaque mois la personne qui se rend en prison. La première visite m’a procuré un choc émotionnel puis j’ai pu me glisser dans le bâtiment réservé aux femmes et alors là des contacts étonnants se sont produits. Le temps de la visite est toujours limité, la surveillance très stricte mais un petit tabouret me permet de m’asseoir pour me tenir à la hauteur de chaque femme ; mon âge me fait passer pour une maman et les plus proches me touchent les bras, mettent leur tête sur mon épaule. Je leur parle des femmes de la Bible et s’ensuit alors des échanges sympathiques.
Mon rôle de comptable s’est terminé fin décembre mais j’espère garder le privilège de continuer ces visites en prison tellement enrichissantes.
En 2017 déjà alors que se terminait l’école de disciples, la question de recommencer des études pour quelques jeunes kavets s’était posée. Ces adolescents ont pour la plupart fréquenté l’école 3, 4 ou 5 années et ils ressentent le besoin de compléter leurs connaissances. Mais c’est difficile à 18 ou à 20 ans de s’asseoir sur les mêmes bancs d’école que les enfants de 12 – 13 ans. D’autre part, être au lycée signifie quitter la famille, le village et s’installer à Siempang, en ville. Où vivre, où trouver le financement pour se nourrir, payer ses livres, l’uniforme si l’on est loin de son village ? La plupart des parents peuvent donner du riz mais aucun argent. Mon désir d’aider financièrement quelques-uns de ces jeunes en 2017 n’avait pas abouti, mais…
Fin 2018 la même question se posait à nouveau. Une organisation internationale aidant le ministère de l’éducation cambodgienne a construit un bâtiment dans l’enceinte de l’école de Siempang ; les élèves des villages éloignés peuvent maintenant se loger et espérer continuer leur scolarité. Ils sont ainsi une soixantaine à partager les locaux et la cohabitation se fait plus ou moins bien. Je souhaitais intégrer 3 jeunes dans cette école mais 2 seulement sont venus. Ils peinent à suivre le programme ayant arrêté l’école bien des années auparavant mais ils sont tellement motivés.
Leï, un garçon de 17 ans, a suivi l’année dernière notre école de disciples puis s’est joint au programme des moniteurs d’école du dimanche. Il ne savait pas lire, ne pouvait se souvenir des histoires, ne pouvait pas non plus associer une image à une histoire.
A vue humaine, son cas était désespéré. Leï tout désireux qu’il était de devenir moniteur d’école du dimanche, ne pouvait raconter les histoires, à peine aurait-il pu diriger les jeux ? Quelle ne fut ma surprise de le voir débarquer à Siempang pour entrer en 7ème année ! Il m’a expliqué qu’il avait trouvé un livre du programme d’alphabétisation dans son village, était allé à l’école et avait appris à lire et à écrire … Le soir dans son village, il aidait les gamins de son quartier à apprendre l’alphabet cambodgien. Extraordinaire ! les miracles continuent d’exister. Je suis vraiment reconnaissante envers cette jeunesse qui se bat pour changer son avenir.
Je réalise qu’un des fruits de nos écoles de disciples donne une ouverture d’esprit à ces jeunes et les motive à sortir de la routine « rizière, forêt, ivresse ».
Les trois jeunes qui suivent ce nouveau cursus et que je connais personnellement viennent régulièrement me voir pour réviser leurs leçons d’anglais et c’est un plaisir de suivre leur évolution. Il est bon de garder le contact avec ces anciens élèves de l’école de disciples.
Depuis fin décembre je vis à Siempang et continue le ministère de formation pour moniteurs d’école du dimanche. Si je porte la responsabilité du programme, j’ai le privilège de travailler avec cinq collègues. Les formations sont joyeuses, pleines d’imprévus et prochainement la supervision dans les villages permettra de vérifier si les objectifs d’apprentissage sont atteints.
La semaine dernière un collègue et moi-même avons commencé des rencontres de jeunes dans deux villages différents. Dans chaque groupe une dizaine d’adolescents se sont réunis. A ma première question : « qu’attendez-vous de ces rencontres, que désirez-vous apprendre » ? les réponses ont été identiques dans les deux groupes.
Plusieurs ont répondu : « ma vie ne se déroule pas très bien, je veux changer et j’espère que ce groupe va m’aider ». D’autres disaient : « je veux apprendre à vivre avec Dieu », d’autres enfin exprimaient le besoin d’apprendre à communiquer correctement et à vivre en harmonie avec leur environnement. C’était touchant d’entendre les besoins de cette jeunesse. En même temps je réalise que mon désir de cheminer avec ces adolescents a besoin de la grâce divine pour être à la hauteur des attentes : savoir écouter et entendre.
A mi-mai, je reviendrai en Suisse pour trois mois, j’espère rencontrer chacun d’entre vous et me réjouis de ce retour.
A chacun mes remerciements pour votre patience à me lire, pour vos messages d’encouragement et pour votre amitié qui perdure malgré l’éloignement.
Avec mon affection,
Michèle
