Phnom Penh, novembre 2020

Chers amis,
Le mardi 27 octobre en fin d’après-midi je pouvais monter dans l’avion qui me reconduisait à Phnom Penh. Le voyage s’est merveilleusement bien déroulé, tous les certificats, papiers, tests Covid étaient conformes et c’est avec joie que j’ai retrouvé le sol cambodgien. Un nouveau test Covid a été réalisé à l’aéroport ici et malheureusement dans l’avion quelqu’un était positif ce qui a pénalisé tous les autres passagers. Selon la règle en vigueur actuellement si un passager est contagieux, la quarantaine de chacun doit se faire dans un des deux hôtels désignés par le gouvernement. Donc, jusqu’au 10 novembre, je suis assignée en chambre. Mais je vais bien et ma santé ne donne aucun signe de défaillance ! J’espère que le second test du 10 continuera à être négatif, ce qui me permettrait de rejoindre l’équipe à Stung Treng.
J’étais encore en Suisse lorsqu’un de mes amis missionnaires impliqué dans cette aventure m’a envoyé l’histoire du lac YIAK LAOM, elle m’a tellement impressionnée que j’ai souhaité vous la raconter. Je l’ai abrégée autant que j’ai pu et j’espère qu’elle restera encore bien compréhensible. Les quelques photos vous aideront aussi à admirer le site.
Réconciliation de la créature et de la création avec son Créateur ou
l’histoire du lac YIAK LAOM dans la province de Ratanakiri.

Ces dernières années, la Chine est devenue le plus important investisseur et bailleur de fonds du Cambodge. Ainsi le port de Kompong Som est principalement acheté par des chinois, la majorité de la population et des affaires sont chinoises. La plupart des bénéfices sont envoyé en Chine avec peu d’impact sur l’économie cambodgienne. Les cambodgiens sont étrangers chez eux.
Puis les chinois ont porté leurs regards sur le lac volcanique de la réserve naturelle de la province de Ratanakiri. Ce site est un joyau culturel, placé au milieu d’une forêt luxuriante. C’est un trésor d’une beauté naturelle connue et aimée de tous les cambodgien. C’est l’héritage ancestral du peuple Tampuen qui en 1997 avait conclu un accord de 25 ans, renouvelable par la suite avec les autorités provinciales de Ratanakiri. Ils pouvaient habiter ce site mais devait le protéger et le développer. En 1997 il n’y avait pas de cadre légal pour reconnaître les droits coutumiers.
En janvier 2018, les amis missionnaires des Tampuen ont entendu parler des négociations qu’une compagnie chinoise entretenait avec le gouvernement cambodgien. Le projet comprenait une concession de 99 ans, renouvelable, dans le but de développer une station de luxe réservée aux touristes chinois dans la réserve du lac YIAK LAOM. Un luxueux hôtel de 8 étages, autour du lac, la construction d’un héliport pour faciliter l’accès à la réserve, la construction de routes à l’intérieur du cratère, le développement des sports nautiques, éventuellement un golf allaient complètement changer le site, les cambodgiens et les Tampuen n’auraient plus accès à la réserve.
Un sentiment de profond désespoir et d’impuissance s’est alors emparé de la population de cette région, car c’est bien connu, le gouvernement fait ce qu’il veut. Tout de même un recours a été lancé selon les procédures légales mais sans succès, le contrat avait déjà été signé.
En mai 2018, une marche de prière conduisit un groupe d’irréductibles au sommet du lac YIAK LAOM, dans le but de prier pour la réserve naturelle. Ce fut tout d’abord difficile car les participants savaient que prier sous l’impulsion de la colère et de la rancœur ne mènerait à rien. Au milieu du chemin, le groupe s’arrêta et sous l’impulsion du St Esprit commença à confesser et demander pardon pour la communauté Tampuen qui n’avait pas assez bien pris soin de la réserve, pour le gouvernement cambodgien corrompu, puis pour la compagnie chinoise. Le pain de la sainte cène fut partagé, le shofar (instrument fait avec une corne de bélier) retenti sur les ondes du lac et tout soudain, l’atmosphère changea, le groupe comprit qu’il ne devait pas prier pour ce qu’il voulait qu’il advienne de ce site, mais plutôt pour ce que Dieu voulait faire dans cette réserve, sachant que Dieu avait un plan spécifique pour cette terre et pour le peuple qui y habitait (la compagnie chinoise faisait peut-être partie du plan divin). La réunion se termina avec des plongeons dans le lac.
Plus tard, d’autres réunions de prières rassemblant les différentes églises de Ratanakiri eurent encore lieu.
Vers la fin de l’année 2018, une nouvelle étonnante arriva. Le contrat entre le gouvernement cambodgien et la compagnie chinoise avait été modifié. Le Premier Ministre avait pris la décision tout à fait inattendue de retirer la gestion de la réserve naturelle à la province et de la mettre sous le ministère de l’environnement. Ainsi toutes les activités et le développement sont tombées sous le règlement des zones protégées. Le projet chinois ne pouvait plus alors répondre aux exigences du département de la culture et de l’environnement. Le Premier Ministre a ainsi décrété que la communauté Tampuen était à nouveau responsable d’administrer la réserve naturelle.

En avril 2019, environ 600 chrétiens représentant 49 églises se sont assemblés dans la réserve naturelle et ont joyeusement adoré le Seigneur. Ils ont dansé au son des gongs et de tous leurs instruments de musique traditionnels. Les 12 ethnies avaient écrit des chants de louange dans leur langue respective et ainsi est devenue réalité la parole de l’Apocalypse 5 : 9-10 « Ils chantaient un cantique nouveau en disant : tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux car tu as racheté pour Dieu par ton sang des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation tu as fait d’eux un royaume et des sacrificateurs pour notre Dieu ».
Je vous espère tous en bonne santé et pense avec reconnaissance à tous les moments partagés lors des 7 derniers mois passés en Suisse.
A chacun toutes mes amitiés
Michèle
