Siempang, avril 2021

Chers amis,

Malgré les restrictions de la pandémie, janvier 2021 au Cambodge promettait une réouverture des écoles. Dans l’incertitude de ce que serait la réalité, nous avons tout de même planifié et préparé une école de disciples.

Trouver du personnel pour encadrer les élèves est toujours difficile. C’est la veille de la formation de ce personnel que nous avons eu la bonne surprise d’accueillir 5 de nos amis qui souhaitaient poursuivre leur éducation. Vaung et 3 jemiens à temps partiel ont donc encadré les 4 semaines de cours de ce personnel. Ils sont maintenant à même d’encourager, de guider, de résoudre les conflits personnels, de prendre contact avec des autorités etc etc.

Dans notre planning nous souhaitions avoir au max. 12 étudiants. Finalement, comme pour le personnel, c’est le jour même où l’école devait commencer que le nombre d’étudiants a été connu. Huit jeunes dont 7 de minorité ethnique ont franchi le seuil de l’école.

Timides, craintifs, les étudiants expérimentaient la première semaine d’école. Ce qui m’a le plus touché, ce sont les témoignages de ces 8 jeunes. Ils étaient si semblables que j’ai pensé qu’ils redisaient ce que le précédent avait déjà dit… mais en vérité tous ont été malmenés par la vie. Comme souvent dans cette société d’après-guerre, les jeunes sont abusés physiquement et moralement, et c’est avec un faux sourire qu’ils expliquent combien ils sont nuls dans la vie, quelquefois même qu’ils ne veulent plus vraiment vivre.

Au fils des semaines alors que les enseignements parlaient à leur cœur, que les entretiens personnels se multipliaient, nous pouvions voir les visages s’épanouir, la hardiesse de s’exprimer remplaçant la timidité.

Et… ce fut le temps de la première phase pratique, partir dans des villages de campagne (c’est de la que la plupart viennent). Affronter des chemins de forêts, traverser des rivières avec des motoculteurs et une remorque pour finalement arriver à destination.

Oser s’intégrer dans une communauté nouvelle, dans une ethnie différente, partager ce qu’ils avaient appris, oser parler de leur foi, enseigner les enfants, les adultes le soir… toute une découverte !…. malheureusement interrompue par un décret gouvernemental.

Le Cambodge jusque-là épargné par la pandémie de la Covid a vu des clusters se développer dans les grandes villes. Ainsi les écoles du pays ont été fermées, des restrictions de voyager ont été instaurées et nous avons aussi dû ajourner notre école.

Avant les au-revoirs, nous voulions écouter les sentiments des uns et des autres et entendre ce que chacun avait ressenti lors de cette phase pratique. Les résumés étaient incroyables ! Joie, plaisir d’avoir servi une église, d’avoir osé prier pour des malades, d’avoir enseigné des enfants. Les histoires étaient sans fin. Ces mêmes étudiants qui quelques semaines plus tôt ne pouvaient pas prendre la parole, ne savaient pas quoi dire maintenant étaient intarissables. Quel changement ! Et quel dommage de devoir interrompre ces transformations.

L’école de disciples est suspendue mais combien nous espérons pouvoir la reprendre dès que l’alerte de la maladie sera passée.

Merci de croire avec nous que ce sera possible. Avec mes amitiés.

Michèle